PASSAGES GEN. XIV, 18-20; PSAUME CX, 4; HÉB. VII
Avant-propos.
Nous avons annoncé, dans le titre, un travail exégétique , et ce n’est point sans raison que nous insistons sur ce point. En effet, pour éviter toute méprise sur le but que nous nous proposons, il était indispensable de déterminer d’une façon plus précise la manière dont nous envisageons notre sujet. Notre but n’est pas de faire de la dogmatique ni d'exposer, sur les passages de la Genèse et de l'Épitre aux Hébreux, une théorie quelconque. Bien d’autres l’ont fait avant nous, et nous possédons sur cette matière une littérature déjà bien considérable, de sorte qu'il serait inutile d'enrichir d’une solution nouvelle les hypothèses incalculables qui existent jusqu’à nos jours. Il n’y a pas de rabbin, pas de Père qui n’ait dirigé son attention sur le personnage mystérieux que la Genèse met en scène, pas d’exégète moderne qui ne se soit formé, sur son origine, un Système à part. Il n’y a pas d'explication si hasardée, pas de spéculation si bizarre qui n’ait trouvé des parlisans décidés. Nous aurons l’occasion, plus tard, de passer en revue les étranges suppositions faites par les rabbins, et les théories inventées par les théologiens modernes : entre les deux hypothèses opposées, savoir celle que Melchisédec était une puissance divine supé-
rieure à Christ, et celle qui en fait un prince cananéen, il n’y a pas d'opinion intermédiaire qui ne soit partagée au moins par quelques écrivains.
Nous n’allons donc pas reprendre un sujet sur lequel iln’y à plus rien de nouveau à dire, encore moins essaierons-nous de résoudre une difficulté et de trancher un problème qui a fait le désespoir de tant d’exégètes. Nous envisageons notre sujet à un point de vue tout différent. Notre intention est d'examiner, l’un après. l’autre, les trois passages qui se rapportent à la question. La première partie traitera du récit de la Genèse, et les deux qui suivent montreront jusqu'à quel point l’application faite de ce récit dans les autres passages est autorisée. À ces trois parties se rattacheront nécessairement plusieurs études préliminaires. Ainsi, l'examen du premier passage nous fournira l’occasion de discuter l’historicité du fragment dont il fait partie et la place que ce dernier occupe dans l’ensemble des récits de la Genèse ; l'analyse du second nécessitera plusieurs observations sur l’origine du Ps. OX et sa signification messianique ; enfin, l’étude du troisième nous forcera d'aborder le problème difficile de la typologie de l'Épître aux Hébreux. Un chapitre supplémentaire servira à caractériser les différentes hypothèses auxquelles la question relative à l’origine de Melchisédec a donné naissance. Nous n’avons pas à justifier cette division : elle est fondée sur la nature même du sujet et des éléments dont 1l se compose. Quant aux ouvrages que nous avons pu consulter, nous pensons qu'il est inutile d’en dresser ici la liste complète. Nous nous contenterons de les citer en notes, à fur et à mesure que l’occasion s’en présentera.