Méléagre de Gadara
Méléagre n'est guère connu que par ses épigrammes. Elles furent publiées de son vivant et en deux recueils. Le premier, les IlaiSixa, contenait quelques essais de jeunesse; le deuxième, la Couronne, était un ouvrage tout nouveau dans l'histoire des lettres grecques. L'auteur, parcourant les livres de ses devanciers, avait glané toute une moisson de fleurs poétiques. Il voulut en faire profiter le public, et lui présenta la première Anthologies Aux
I. Sur les questions que je traiterai dans ce chapitre, consulter Jacobs, Prolegomena in quitus historia Anthologiae graecae narratur, au commencement des Animadversiones in epigrammata Anthologiae graecae, Leipzig, 1 798-181 4, trois volumes en huit tomes ; — Passow, De vestigiis coronarum Meleagri et Philippi in Anthologia Constantini Cep/iafae, Breslau, 1827 (cette dissertation a été publiée de nouveau dans les Opuscula Academica),et Ueberdie neuesten Bearbeitungen der griechischen Anthologie, ap. Jahrbucher fur Philologie, II (1827), p. 68-7/», et III (1828), p. 39-57. Ce travail se retrouve dans les Vermischte Schriften; — Weigand, De fontibus et ordine Anthologiae cephalanae, ap. Rheinisches Muséum, Neue Folge, IH (i8/j5), p. 161-178, 5/41-572, et V (18/J7), p. 276-288. L'ouvrage de Henrichsen, Dm den palatinske Anthologies Oprindelse..., Copenhague, 1889, a été résumé et complété par Wolters, De epigrammatum graecorum Anthologiis libellus, thèse de doctorat. Halle. Cf. aussi Rheinisches Muséum, XXXVIll (i883), p. 97 sqq.. De Constantini Cephalae Anthologia. Cf. également Weishaûpl, Die Grabgedichte der Anthologie, Vienne, 1890. On lira toujours avec intérêt l'article de Sainte-Beuve, Méléagre, dans ses Portraits contemporains, Paris, 1882, vol. V, p. 407 sqq.
extraits de ses lectures il avait mêlé ses propres vers, sans se résoudre à en sacrifier aucun. Les Ilat^ixa perdirent donc tout intérêt, et je crois que, de bonne heure, on les oublia. La Couronne eut, au contraire, un succès durable.
De nombreux imitateurs s'inspirèrent de ce modèle. Nous en connaissons encore quelques-uns : Philippe de Thessalonique, qui fut sujet des premiers empereurs; Straton de Sardes et Diogénianos d'Héraclée, qui vécurent au H^ siècle de l'ère chrétienne; Agathias, qui fut avocat sous le règne de Justinien.
Il est dangereux de faire école, et le critique regrette pour Méléagre la popularité de ses disciples. Les copistes se multiplièrent à tel point que les œuvres originales ne leur suffirent plus. Ils s'attaquèrent aux smciennes Anthologies, et en tirèrent les matériaux de nouveaux recueils ». Chacun de ces abréviateurs rejetait dans l'ombre les auteurs qu'il avait mis à profit. C'est une loi de la littérature ancienne que Vepitome tue l'ouvrage complet, de même que la mauvaise monnaie chasse la bonne. Les Byzantins n'aimaient pas à remonter aux sources, et ils eussent tout pardonné à quiconque leur épargnait un effort.
L'histoire n'a pas conservé les noms de ces scribes obscurs. Le plus connu d'entre eux est Constantin Céphalas, qui vécut au x" siècle de notre ère. Céphalas avait du moins quelque goût et une assez large érudition. Mais bientôt son Anthologie sembla trop longue, et, au xiv* siècle,
I. Le mélange des épigrammes empruntées aux diverses Anthologies s'est produit avant Céphalas, car des recueils indépendants du sien présentent parfois la même disposition. C'est le cas notamment pour la Sylloge Crameriana (cf. Wolters, De ep. gr. Anth., p. a5 sqq., et Finsler, Kritische Untersuchungen iiber die Geschichte der griechischen Anthologie, Zurich, 1876). En outre, l'ordre alphabétique adopté par Méléagre (cf. infra, ch. V) a presque complètement disparu dans le ms. palatin. Céphalas n'est point seul responsable de cette confusion, car il a souvent respecté la disposition des épigrammes dans la Couronne de Philippe et la compilation d'Agathias.