CHAP. I. LES MANUSCRITS
Maxime Planude la refit à sa guise, retranchant d'un côté, ajoutant de l'autre. L^es Lascaris et les Scaliger n'avaient en main que cette compilation de troisième ordre. Nous sommes aujourd'hui mieux partagés, et nous pourrons collationner huit manuscrits intéressants.
I. Le Palatinus (P, aS) fut découvert en 1606 par Saumaise, à la bibliothèque de Heidelberg. A partir de cette date, le précieux volume a son histoire et même son roman, comme ces joyaux princiers qui suivent la fortune des conquêtes. Pendant la guerre de Trente Ans, Leone Allaccio l'emporte à Rome (1623), où on l'oublie dans une armoire du Vatican. Bonaparte le réclame pour la France (1797). Les Alliés le rendent à l'Allemagne (1816) '.
Ce manuscrit est du xi" siècle. Il contient des pièces d'origines très différentes. Les livres V-VII et IX-XI renferment les épigrammes erotiques, votives, funéraires, épidictiques, satiriques et morales; le XIP est rempli par une collection de poésies philopédiques, la Mouaa TuatSix-^ de Straton. Ces diverses parties constituaient primitivement V Anthologie de Céphalas 2, et c'est là que nous retrouverons la Couronne de Méléagre. Le livre XIIP, intitulé
1. Jacobs a publié (i8i3-i8i7) une Anthologia graeca, ad fidem codicis olim Palatini, nunc Parisini, ex apographo Gothano édita, Leipzig, 3 vol. Ce travail ne s'appuie malheureusement pas sur le ms. lui-même. Jacobs n'avait qu'une copie, fort exacte, il est vrai, de Spaletti. Quand le Palatin fut rapporté à Heidelberg, Paulssen fut chargé de faire une collation. Ses remarques furent imprimées à la suite de l'édition de i8i3. Mais la vérification avait été faite trop vite et sans beaucoup de soin. Paulssen n'a pas su rendre justice au correcteur (cf. infra, p. lo). Finsler a remis les choses à leur place. Sternbach (Meletemata graeca, pars prior, Vienne, 1886) a repris le travail de Finsler. Stadtmuller étudie actuellement le ms. Il en a tiré des renseignements précieux qui sont épars dans les Jahrbiicher fur Philologie und Paedagogik. On attend de lui une édition de l'Anthologie. Celle de Dubner (Paris, i863, a vol.) ne répond plus aux exigences de la critique. On y trouvera cependant une description du Palatinus par Hase. Au cours de ce livre je citerai les épigrammes d'après l'édition de Paris, et je la désignerai par le sigle AP.
a. C'est ce que Wolters a démontré contre Henrichsen.
'EiTiYpwaxa îia^ôpwv jxéTpwv, est un choix de vers lyriques réunis vers le début de notre ère. Ce recueil nous fournira un utile point de comparaison.
Le texte du Palatinus est fort incorrect. Les copistes manquent d'intelligence et Méléagre a plus d'une fois souffert de leurs bévues ^ Mais cette ignorance a ses avantages. Les erreurs de prosodie, les mots destitués de sens indiquent la faute et permettent de la réparer. Un demi-savant aurait aggravé le mal en s'efforçant d'y porter remède^.
Le travail du scribe fut soigneusement collationné 3. Le reviseur possédait un exemplaire copié sur l'original de Céphalas, et appartenant à Michael le Chartophylaque. Les retouches sont en général sans importance : une lettre changée, un iota rétabli, une particule ajoutée 4, Souvent la correction est plus intéressante 5; quelquefois, elle semble trop audacieuse 6. Nous ne pouvons nous fier
I. AaToîSeu) (AP. V, i4i) se transforme en AaTpf6ea),<Tapxo?aYeÎTe(AP.V, i5i), devient (TotpxoçayeTTai et y) p *èTU|xa); àvrîp... àp ÈTOîfiwc àvi^p (AP. V,i49),qui n'a plus rien de commun avec le rythme dactylique.
a. Onlit, AP. V, i63 :
Na\ 5oxéw ToOT'elTia;. ~Q çiXépacrTe TcaXt'fJiTîoy;
Le scribe n'a pas essayé de correction, et les critiques modernes rétablissent sans peine : .j^^ (piXlpaffte..., etc.
3. On lit en marge des épig. VII, 432 et 428 : ew; oiSe Ta toO xupoO Mixa^X ToO (xa$. Ttepieîxov è7rtYpa|X|jLaTa, aTiva îSio^et'pwç auTbç eypa-^v èx xr,; pîê).0'j xoO KcçaXS 11 ew; wSe Mixa^X toO xapToçuXàxou (on lisait autrefois xapfoç-jXaxoç, mais StadtmuUer a déchiffré le sigle de l'ou) || ea>; tLSe àvTe6)>r,6TQ irpb; to àvTÎpoXiv ToO xupoO Mix»^^ ^a' ôiù)p6w6*i Tivà kXtjv oti xàxetvo <j?à).(JiaTa tlxt^.