AP. V
3. Ces pièces ont pourtant quelque analogie avec les mimes du m* siècle. Dans une saynète d'Hérondas (la cinquième), une femme amoureuse de son esclave l'envoie au bourreau, pour se venger d'une trahison. Mais elle rappelle aussitôt l'inconstant, l'insulte, et finit par lui pardonner. Asclépiade s'est amuse plusieurs fois à faire tenir une petite comédie en quelques distiques (cf. AP. V, i8i et i85, avec l'imitation de Posidippe, AP. V, i83). Méléagre suit les traces d'Asclépiade, mais il traite des sujets tout diflerents.
f\. Ptiilodème, disciple assidu de Méléagre, a quelques pièces de ce genre (AP. V, 46, et peut-être V, 3o8). Mais elles sont d'une facture très libre, et ne sentent point l'imitation.
5. AP. V, 183. 11 faut probablement joindre k ces vers le distique V, 187, qui n'a guère de sens lorsqu'on l'en sépare. C'est dommage. L'épigramme, telle que nous la donne le Palatin, a bien plus de mouvement. Les scribes ont quelquefois des fautes heureuses. Il est fâcheux que Méléagre n'ait pu, comme Malherbe, approuver la correction involontaire du copiste.
102 MELLAGRE DE GADAIIA.
l'envoyer, ô Dorcas! me voilà arrivé moi-même avec loi, cl avanl loi. » El maintenant, qu'on lise la contre-partie ». « Je sais tout, rien ne m'a échappé. Pourquoi jurer? Rien ne m'a échappé; plus de serments, je sais tout. Celait donc cela, oui, cela, parjure! Et, lu le redis, tu dormais seule! Quelle audace ! Et maintenant, maintenant encore, elle le répète, elle était seule! Est-ce que ce beau Cléon ne le...? El si lu... Mais pourquoi menacer? Va-fen, fléau de ma couche, va-l'en vile. Mais je te ferais trop de plaisir, je sais que lu veux le revoir. Reste donc ici sous les verrous =». »
Qu'y a-l-il dans ces belles épigrammes? Peu de chose en apparence. Des sensations violentes, un mouvement impétueux qui se brise et s'arrête plusieurs fois, un début rapide, une conclusion brusque. Les mots sont bien vulgaires, mais les silences sont éloquents. Sachons gré à Méléagre de ce qu'il supprime, dût sa poésie en paraître quelquefois obscure ^. Il arrive le soir chez sa maîtresse. La maison est vide. La surprise se change en inquiétude, puis en terreur. C'est alors que sans un mot d'explication l'amoureux s'écrie : « On l'a prise ; qui a pu commetlre un tel forfait? Lutter contre Éros lui-même? Mais j'entends du bruit. C'est Héliodora. Rentre dans ma poitrine, ô mon cœur ^ ! »
I. AP. V, 184. Suivant H. Sladlmuller (lahrbiïcher fiir Philologie und Paeda- (/ogi/c, CXLVII[i8()3], p. 670 sqq.), les pièces V, 175, 176, 183, 184, 187, se rapportent à Lyccnis et forment tout un drame. Le poète soupçonne sa maîtresse, il lui adresse des reproches (V, 176), puis revient et pardonne (V, 182, 187). Mais la trahison éclate, plus outrageante encore (V, i8i). L'amant délaissé gémit et se plaint d'Éros (V, 176). La conjecture est au moins séduisante. Les épigrammes de Méléagre sont fréquemment rattachées par un lien subtil. Cf. supra, p. i5o,
3. L'épigramme XII, 66, est d'une allure presque aussi vive. C'est un motif de plus pour croire que les vers sont de Méléagre.
A. AP. XII, 167. Saumaise et Brunck croyaient l'épigramme incomplète. C'est Graefe qui a eu l'honneur de l'expliquer. Le manuscrit donne àpTraorat (les ravisseurs), qu'on peut admettre. Mais apTixTrai est plus simple et plus expressif.