‹ Méléagre de GadaraChapitre 105 sur 190 · CHAP. IX. L'INVENTION POETIQUE · texte numérisé non relu

CHAP. IX. L'INVENTION POETIQUE

Ces situations semblent faites pour Méléagre. C'est lîi qu'il s'abandonne et se révèle. Mais ces beaux vers permettent de mieux comprendre les autres. Même dans les pièces de second ordre, on retrouve les qualités qui brillent ici de tout leur éclat. Nous parlions de la franchise du début ; qu'on se rappelle le cri du messager » : « Fille de Tantale, Niobé, écoute ma voix, qui t'annonce l'infortune ; » ou dans une épigramme médiocre ^ : « Aphrodite ne veut plus avoir enfanté Éros depuis qu'elle a vu Antiochus. » Et n'est-ce pas bien finir que de dire à Timarion : « Tes regards brûlent et tes caresses enchaînent 3. »

Cette vivacité est bien syrienne. Un Grec aurait peutêtre craint de s'y abandonner. Méléagre a moins de réserve. Il a pourtant appris des Hellènes l'art de se borner. Sans coquetterie de brièveté, il s'enferme dans des limites étroites et sollicite l'attention en évitant de la fatiguer. Les prolixités de Dioscoride et d'Antipater ne le séduisent pas ^. Asclépiade lui donnait d'autres exemples 5, il les suivit et s'en trouva bien. Quelques longues pièces qu'il composa par occasion font apprécier les autres. Ses

î. AP. XVI, iH.

a. AP. XII, 5/i. L'épigramme XII, 48, commence par un cri d'impuissance et de fureur : a Je suis à terre, mets ton pied sur ma nuque, dieu sauvage » Voyez encore (AP. XII, 70) : a Debout même contre Zeus, je lutterai,

Myiscus, s'il veut te prendre pour lui verser le nectar. »

Les Grecs eurent toujours le don d'entrer vivement en matière. Méléagre a pu chercher des modèles dans Asclépiade. Cf. surtout AP. V, 64 et 85.

3. AP. V, 96. Dans l'épigramme V, 198, le mot de la fin est charmant. Le poète hésite entre plusieurs hétaïres. Renonçant à choisir, il s'écrie : « Non, ton carquois, Éros, ne contient plus de flèches ailées : je les ai toutes dans mon cœur. »

h. Dioscoride a des épigrammes de 10 vers (AP. VII, 3i, 35 1, 407, /i3o, 707) cl même de 16 vers (VI, 330). Pour Antipater de Sidon, les chiffres sont plus forts: 10 vers (VI, ao6; VII, dili), 13 vers (VII, 3/41), i4 vers (VII, 218, 437) et 34 vers (VI, 319). Dès le 1" siècle les épigrammes redeviennent assez courtes.

5. Asclépiade écrivit beaucoup de ()^uatrains. Cf. AP. V, 85, i5o, i53, i58, ' 163, 164, 169, etc.

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meilleures épigrammes s'achèvent en trois ou quatre distiques'.

Cette mesure tout extérieure ne suffît pas. Méléagre sacrifie trop souvent à l'emphase et à la recherche orientales. Il a tous les défauts, mais aussi toutes les qualités de ses compatriotes. Si les traits du caractère national se démêlent aisément chez un homme du vulgaire, chez un écrivain de talent ils apparaissent en plein relief.

I . Méléagre est ou plus bref ou plus verbeux qu'Asclépiade. Il aime surtout le distique (AP. V, 96, i43, 148, i54, i55, i56, 157, etc.), le sixain et le huitain (AP. V, i36, i3g, lU, 1/17, i5i, 163, i63, i65, 166, etc.). Cf. les obser>'ation6 présentées dans le chapitre X, S 3.

Les épigrammes VII, Ziai, et VII, /jaS (i/i et 30 vers) furent écrites sous l'influence directe d'Antipater.

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