II. AP. V
nent trop de place. Le mol précis manque parfois. Méléagre le trouve toujours lorsqu'il est piqué par le désir de compléter une énumération. Pour accabler Timo, il a des locutions nautiques qui seraient dignes d'un inventaire athénien '. Plus loin, Aphrodite, Éros et Pothos se partagent les fonctions d'armateur, de capitaine et de pilote 3. On sait que le Proème contient une riche collection de fleurs. Mais aussitôt que le poète s'abandonne, il tombe dans le vague. Pas un détail sur l'ajustement de ses maîtresses ou les parfums de Phénicie ^ !
Cet esprit facile excelle k trouver des synonymes. L'idée de cueillir^, l'image d'un rameau verdoyant nous sont présentées de manières très difTérentes, mais toujours dans des énumérations 5. Ailleurs les répétitions se succèdent sans pitié pour le lecteur ^. Dans des pièces isolées ce défaut est peut-être moins choquant. Méléagre en a fait sans doute le calcul. Du reste, il gardait trop peu ses maîtresses pour qu'elles pussent lui reprocher des redites. Regrettons seulement qu'un homme si bien doué n'ait pas compris la valeur de l'effort. Je crois que l'amoureux a fait tort à l'écrivain.
1 . AP. V, 20/i : xéXrjç, le vaisseau rapide, xlpaç, la vergue, tcrToç, le mât, icpo-rovo?, le câble, taxîa, les voiles, xoiXy), la sentine, sîxoaopo?, la galère à vingt rames,
3. Et cependant il abuse des mots composés avec pjpov; cf. AP. V, io5, 175, 197, 198; XII, 83, 95, 256.
l\. AP. XII, 256: Tpuyéw, àitoSpeTro); IV, i: aTroOpi^w, àfxdcojxai, ôiaxvt'w, xet'pw. Comparer les mots qui désignent le travail du compilateur, AP. IV, i : iz'jyjna, £[xuXÉxa), a'jfXTrXÉxw, èvîr^jxi, TÎ6r)|xi, pdcX>>(0, (xtyvjfii.
5, AP. IV, I : xXYjfxa, xXcov, xopujjiêo;, epvoç, àxpéixtov, xXdtoor, opTcr,^, î\\\. Van Ilerwerden (Mnémosyne, 187/1, p. 3o2) ajoute un mot à la liste, en lisant, vers 17 : pAacrTiQV xe uXaTaviaTou. Cette correction me paraît excellente. La leçon actuelle: pXaia^v... uXaTotvtaTov, n'a aucun sens. Dehèque traduit : a Jets flexibles de platane. » Mais ^Aaidoç veut dire : recourbé, tortueux. Pape donne comme équivalent : « Nach allen Seiten seine Zweige verbreitend. » Mais la poésie de Pamphile doit être comparée à un rameau, et non pas à un arbre tout entier.
6. 'Iôo>j est fréquemment employé, sans que Méléagre lui donne une signification bien précise. Cf. AP. V, i36, i5i, 175, 177, 178, 182; XII, iio, i4i.
LA GRAM^LVIRE
Méléagre décline et conjugue régulièrement les mots. D'ailleurs, le grec, avec ses dialectes, avait tant de sou plesse, qu'une incorrection eût été impardonnable. Parmi les nombreuses formes que lui offrait la grammaire, le poète sait choisir. 11 néglige le duel s et montre quelque prédilection pour les adjectifs tirés des verbes ^. Mais je ne trouve nulle part dans ses épigrammes une dérivation vraiment vicieuse 3. Il en admet cependant plusieurs qu'eût évitées un prosateur du v" siècle ^.
I. Le duel n'a jamais repris faveur après la période attique. Aussi ne puis-je admettre la correction de Van Herwerdcn, ap. Maémosyne, 1886, p. /jo6 : Touvexa TOtv iraîSoiv jxe Trsôa itoOoç...
3. 'ApuaffToç, XII, 167; ccTsyxTo;, V, i5i; àffT^içIXtxToç, VI, i63; pafftaxTÔç, XII, 53; yvwffTÔç, V, 212; ypauTo;, XII, 267; eû'çopToç, XII, 53; Oetoç, VII, /ii8; ijxepToç, XII, 256; (xeXtcxTaxToç, IV, i, 33; fX'jpoppavToç, V, 198; uXwto;, V, 20/i; TiXaaro;, V, 182; Tcypt'gXrjToç, XII, 76; cTTpsTîTOç, V, lok; eraXeuTÔ;, V, 175;
(TÇiyXTÔç, V, 175; <TÛ(X7u)>eXT0;, IV, I, 18.
3. Dilthey, Observationes criticae in Anthologiam graecam, p. /» sqq., a introduit, par conjecture, l'accusatif irrégulier "Epwv dans l'épigramme V, igS. Il est certain que le texte actuel ne se comprend pas, tandis qu'après correction le distique est fort élégant :
*A {xsv S7i\ •^çitd'xo!^ OepiÉva Iloôov, à ô' £7i\ fxop^a; "Ijxepov, à ôà AÔyoi? tov yXuxû|jLuOov "Epwv.
k. Par exemple, AP, XII, 166 : ÈpaTcoxaTo; (dans une épigramme douteuse), et AP. XII, 84 : uixpoTepo;.
Il y aurait beaucoup à dire sur l'emploi du verbe. Je me bornerai à l'essentiel :
I. Formes de basse époque. — i" Temps : alxiaexixi, XII, 80 (pour cet exemple et les suivants, cf. Veitch, Greek verbs irregular and defective, Oxford, 1886); TivsuffeTai, XII, 63; açiyço), V, 179; e^rj^aî, VII, 470; k'çupe, à l'aoriste, VII, 476; èvayxdcXicrai, VII, 476; r,yxa)>î(Ta<T8£, XII, 122; vr,5ati£VY)v, V, i5/l; — 2° Voix :
l8o MéLÉAGRE DE GADARA.
La syntaxe d'accord est irréprochable, l'article employé avec adresse; il remplace souvent un cZxoç pronom ou adjectif. De ces deux constructions, la première est fort peu intéressante ^ ; mais la seconde sert à rendre des nuances fort délicates. Un amant suspend à la porte d'IIéliodora tsù; ly.s-ca; îTeoavcjç, c'est-à-dire les couronnes suppliantes qu'il tient à la main ^ Éros brandit Ta... z6^2^, l'arc dont tous les mortels connaissent la puissance. Ailleurs la phrase est moins claire. On lit dans deux épigrammes : to cx/.pj,Tà or/.pua^. Quelle explication présenter? Celle-ci peut-être : L'écrivain adresse une excuse aux lecteurs, un reproche aux dieux qui le tourmentent : « Je pleure encore, moi qui tant de fois ai pleuré. » Dans to xeîvo çpuaYi/.a 5, l'efiet est du même genre, mais plus fort. Le renversement des termes est trop bizarre pour ne point attirer l'attention.
Une épithète introduite par l'article prend plus de valeur et devient presque un substantif. Ce procédé ne saurait déplaire à un homme qui sent vivement et ne hait
ytkà.<7Bi;, V, 179, les écrivains classiques se servent de ysXâffOfxat ; — 3° Parlicularités de dérivation : knix^exon, V, 178; ôpeTTTOfxévrjV, VII, i3.
II. Formes poétiques. — 1° Temps : xw[xâ(TO}x.ai, XII, 117; exvias, XII, 126; yjyXàVdav, VII, 4i8; yjXaTo, IX, 33i; (TTeçOlvta, XII, 128; — a" Voix: xpuTCTOjXïvoç, V, 177; — 3" Particularités de dérivation: àvéxpaçe;, V, 157, venant de l'aoriste actif àvérpaçov, qui a le sens du passif (Callimaque a deux fois employé cet aoriste, cf. Hymne I, 55, et Fragm. 129); àuoTCTajxsvo;, V, 177; àpTidcla;, XII, 65, qui paraît dorien, mais existe aussi dans Homère (cf. Iliade, XIII, 199); ejjLEv, VII, /i7o; é'TcXexo, VII, A18; r.Xoôov, VII, 670.
III. Formes exceptionnelles. — Particularités de dérivation: oî'3afisv, V, i3; ot'ôaTE, XII, 81.
1. AP. XII, 9^. Dans ce cas, l'article est accompagné d'un [ilv ou d'un oi qui marque une opposition. Le relatif prend par excoption le sens du démonstratif. Même épigramme :
... w ôs, 4>iX6xXei; "EfxêUTie...