LA PROSODIE
Au i"' siècle avant notre ère, la prosodie grecque était fixée. Méléagre n'avait donc qu'à suivre les usages reçus ï; il le fit, mais avec nonchalance; par exemple, il abrège la seconde syllabe dans Ixvue ^ et cpBptvoç ^. Ce ne sont point là de bien grandes audaces.
La tradition hésitait sur quelques points. Quelle sera la valeur du groupe formé par une voyelle et deux con-
1. J'ai déjà cité la thèse de Dittmar (cf. supra, p. 1 13, n. i). Elle est sévèrement jugée en Allemagne (cf. Knaack, Geschichte der griechischen Litteratur in der Alexandrinerzeit, t. II, p. 556, n. 192 : 0 Eine diirftige und schlechte Arbeit, die nur in den tabellarischen Zusammenstellungen einen bedingten Werlh hat. ») Le travail est cependant consciencieux, mais incomplet et d'une lecture pénible. Les justifications me paraissent insuffisantes. L'auteur veut presque toujours être cru sur parole. J'ai dû refaire la plupart des relevés.
2. AP. XII, 136. Cet i est déjà bref dans Pindare. Cf. Veitch, Greek Verbs, p. 379.
3. AP. V, 177 ; XII, 47. Dans l'épigramme VII, SSa, on lit, au début du vers :
'Apxt^ôxoç- eTréwv...
La syllabe est allongée par la force de la trithémimère et de la ponctuation. D'ailleurs, on sait que très anciennement eico; commençait par un digamma. Cet exemple est isolé, et l'authenticité de la pièce, discutable.
sonnes? Si les deux dernières lettres sont réparties entre la fin d'un mot et le début du mot suivant, les métriciens comptent une longue. Mais bien que la règle soit impérative, quelques écrivains répugnèrent à l'appliquer; car, en grec, les finales allaient toujours s'aflaiblissant. Nonnus de Panopolis poussa très loin les scrupules : il exigea que la quantité douteuse fût fixée par la rencontre de l'accent métrique » .
Les contemporains de Méléagre étaient moins soigneux, et ils toléraient dans la thésis les syllabes allongées par position. Le poète use de cette liberté dix -huit fois au premier pied de l'hexamètre 2, dix fois au second ^ et deux fois au troisième 4. Pour le pentamètre, la statistique donne des résultats semblables : six exemples au premier pied 5; un seul au deuxième 6.
Le mot qu'on met au temps faible doit être monosyllabe, ou suivi d'un monosyllabe. Ainsi les deux exprès sions étaient rapprochées jusqu'à n'en faire qu'une, et les consonnes se rattachaient étroitement à la voyelle 7.
1. A. Rossbach et R. Westphal, Théorie der musischen Kûnste der Hellenen, t. III, 3* partie, Leipzig, 1889, p. 58 sqq.
2. AP. IV, I, 5i; V, iSg, 5; i5i, 3; 177, 5; 178, 3; 179, 5; VII, 79, i; 421, 11; !i6S, 3; IX, 16, 3; XII, 70, 5; g/j, i (le texte est très mal établi); 96, g; 135, 5; i54, 3; 169, 3; 356, 3; XVI, i3/î, 7.
3. AP. V, i65, 5; IX, 33i, i; XII, 76, 3; 85, 5; 123, i; i33, 5; i^i, 5; 1/17, 1; 167, i; S. I, I.
h. AP. V, i4o, i;Xn, 106, I.
5. AP. V, i(xh, 6; 178, 3; 182, 6; VII, hi, 6; 438, 16; XII, 138, 6.
6. AP. V, 183, 10. La répartition de ces exemples s'explique sans peine. Les spondées ont leur place toute marquée au premier, et surtout au second pied ; mais il est exceptionnel qu'un mot finisse juste avant la troisième arsis. Le fait ne se présente presque jamais dans le pentamètre. Ainsi, les allongements par position sont très fréquents au commencement du vers ; ils sont plus rares au second pied, bien qu'on en trouve im certain nombre dans l'hexamètre. Il ne faut pas qu'un signe de ponctuation sépare les deux mots. Cf. pourtant
AP. XII, 128. ^ V . .V .r.
TepTcvoç- vjv 6e itoOwv...