‹ Méléagre de GadaraChapitre 177 sur 190 · I. AP. V · texte numérisé non relu

I. AP. V

d'un talent? On aurait tort de l'espérer. La souplesse de l'esprit humain se dérobe aux analyses, et son infinie variété déconcerte les prévisions. Une étude attentive dégage quelques traits d'importance capitale, mais une âme n'est point faite comme un syllogisme dont les prémisses renferment nécessairement la conclusion. Si la nature commence bien des édifices sur le même plan, la plupart demeurent au ras du sol ; d'autres s'élèvent en puissantes assises; quelques-uns s'élancent dans les airs. Les raisons de ces différences nous échappent en partie. Sans doute le génie, la vertu, le mérite ont leurs causes, mais si nombreuses, si capricieusement combinées qu'il faudra réserver toujours dans nos conclusions une place à l'inconnu.

Les trois mots que j'appliquais naguère à Méléagre sont vrais de Philodème, d'Archias et d'Antipater. Tous ces hommes furent des Grecs: tous écoutèrent les enseignements d'Alexandrie ; chez tous on peut signaler l'influence des civilisations orientales. Et pourtant les deux derniers ne sont que des rhéteurs, tandis que Philodème obtint une modeste réputation de moraliste et de polygraphe. Pour juger ces trois auteurs et notre poète, l'érudit n'aura donc qu'une phrase? Qu'il la répète sans trop de confiance : l'orgueil ne servirait ici qu'à découvrir notre faiblesse.

Aussi bien, quand on veut faire un système, ce n'est pas la Syrie qu'il faut étudier. Les écrivains de Gadara et d'Antioche formèrent une école, mais elle resta largement ouverte à tous les soufiles de la fantaisie. Ces esprits légers ne fondèrent jamais une tradition littéraire. Et ce fut une heureuse fortune, car chez eux l'imitation fût bien vite devenue un esclavage. Les fortes disciplines ne sont faites que pour les forts. Méléagre eût peut-être été bien médiocre s'il avait eu de trop bons maîtres.

Mais la destinée l'a fait vivre dans un pays lointain, aux derniers jours de l'histoire hellénistique. Son originalité s'épanouit librement; et si parmi les auteurs grecs beaucoup le dépassent, aucun n'aurait pu le remplacer. Dans l'Anthologie même, on lui trouvera bien des rivaux, mais il n'est inférieur à personne. Asclépiade, plus mordant, plus coloré, n'a pas autant de charme et de flamme intérieure. Léonidas est plus parfait, mais aussi plus froid. Callimaque et Simonide ne se donnèrent point tout entiers dans leurs épigrammes. Sainte-Beuve a pu dire qu'entre tous les auteurs de second ordre, Méléagre est digne de la première place.

Les anciens ont reconnu ses mérites. Ils ne le citent guère, mais ils ne l'oublient pas. Entre deux tirades épiques, Archias se rappela ces jolis madrigaux, qui étaient sans doute populaires en Phénicie K Philodème le Syrien emporta dans ses voyages les vers de son compatriote. Il les relut, s'en pénétra et se plut à les imiter. Quand il célèbre les beautés complaisantes de Baïa, et peut-être même de Suburre, le client de Pison semble penser à Démarion et à Timo ^.

Properce, le poète érudit, feuilleta ce volume qui venait de si loin, et quelques mots d'une élégie prouvent que le Romain sut mettre à profit ses souvenirs ^.

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