‹ Méléagre de GadaraChapitre 176 sur 190 · AP. V · texte numérisé non relu

AP. V

« Les trois Grâces, écrivait Méléagre, ont accordé à Zénophile une triple couronne ï. » Ne dirait-on pas qu'en parlant de sa maîtresse, le poète songe à lui-même? Son œuvre est complexe, mais le critique qui l'apprécie pourrait presque résumer son jugement en trois mots : Athènes, Alexandrie et Gadara.

Le fils d'Eucrate déclare qu'il est Grec, et c'est à bon droit qu'il affirme ainsi sa fierté et sa reconnaissance. C'est aux Grecs qu'il emprunte sa langue, ses idées, sa mythologie, et jusqu'à cette forme de l'épigramme qui semble faite pour son inconstance impétueuse. C'est à la Grèce qu'il doit son idéalisme discret, son art précis et délicat. Mais cet hellénisme n'est pas celui de Sophocle, ni même d'Aristophane. Dans ces madrigaux si ardents et si légers, des peintures exactes et des légendes peu communes font penser aux travaux du Musée et aux recherches de Callimaque. Pourtant, sous la gravité de l'érudit on devine toujours la vivacité syrienne, l'enthousiasme, l'humeur changeante, l'impuissance à construire son œuvre et à régler sa vie.

Le critique peut-il donc, comme le savant, donner en une courte formule l'essence même d'un caractère ou

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