‹ Méléagre de GadaraChapitre 31 sur 190 · AP. VII, a/ii · texte numérisé non relu

AP. VII, a/ii

vieillesse, il quitta pour toujours la Phénicie. Les Syriens aiment les voyages ^ Leur esprit mobile se plaît aux changements, leur humeur facile les fait partout bien accueillir. Manso croit en outre que le poète voulut fuir un pays déchiré par les révoltes de Tryphon contre Démétrius =». Mais, au début du i*" siècle, ces luttes étaient depuis longtemps oubliées. Sans doute la mort de Séleucus Épiphane avait fait renaître les discordes ; mais Rhodes et Gos étaient, à cette époque, encore moins sûres que la Syrie. Du moins ces villes de l'Archipel avaient- elles l'attrait des souvenirs. C'est là que vécurent les plus grands écrivains de l'époque alexandrine. Quand Méléagre entra dans la mer Egée, il salua sa patrie d'élection, longtemps désirée et enfin reconquise.

Il retrouvait à Cos la mémoire toujours vivante de Théocrite et de Philétas. Hérondas avait moins de gloire, mais son nom restait cher à un peuple dont il avait étudié les mœurs et parlé la langue. La cité n'était pas endormie dans la béatitude des petites capitales littéraires. Des ateliers mettaient en œuvre les soies et les laines. Les pentes du Prion fournissaient un vin renommé. Les malades venaient dans l'Asclépiéion invoquer la puissance du dieu et l'expérience plusieurs fois séculaire de ses ptfêtres. Des médecins illustres s'étaient formés à cette école et continuaient les traditions d'Hippocrate. Leurs clients demandaient la santé sans renoncer au

I. Th. Reinach, De Archia poeta, p. 3: o Solum mutare Syris honiinibus, praesertim doctis, nunquam grave visum, testes Antipater Sido-

nius, Posidonius Apamensis , mox Publilius Syrus, Maniliusque, Antio-

chusque. »

a. Manso, Meleagri Gadareni reliquiae, léna, 1789, préf. : 0 Quot enim quantaeque calamitates Demetrio a Tryphone pulso, moxque insidiis conjugis Tyri circumvento per plures annos Syriam invasere, neminem nisi historiae rudein fugit. »

plaisir. Parmi les ressources de TÉtat figurait la taxe des courtisanes K

Méléagre, dans ce milieu nouveau, ne fut pas dépaysé. Tyr l'avait accoutumé au mouvement et même au tumulte. D'ailleurs, les poètes de la vie facile n'ont jamais craint les sociétés nombreuses. Écrivains ou artistes étaient bien accueillis partout, et il semble que les habitants de Cos admirent l'étranger au nombre de leurs concitoyens 3, Il put même rencontrer des Syriens dans sa patrie d'adoption. L'épigraphie nous atteste que des rapports étroits unissaient la Phénicie aux côtes de la mer Egée ^.

Mais, avant tout, Méléagre cherchait de nouvelles aventures; il ne renonçait même pas aux passions philopédiques. Théoclès et Praxitèle ^ nous intéressent fort peu; il n'en est pas de même pour Phanie. Le poète vieillissant mit dans cette intrigue moins d'ardeur qu'autrefois, mais plus de tendresse. Au cours d'un voyage dans l'Hellespont, il songe à l'absente et rêve au bord de la mer : Que les vaisseaux portent à la jeune fille des nouvelles de son amant. S'il en avait le pouvoir, il reviendrait à pied au milieu des flots.

De cette passion, il ne reste qu'une vingtaine de vers s.

1. Cf. Rayet, Mémoire sur l'île de Cos, ap. Arch. des Missions, 3* série, t. III, p. 87 sqq. ; — Dubois, De Co insula, Paris, 188A; — Th. Reinach, Inscription de l'île de Cos, ap. Bévue des Études grecques, t. IV, 1891, p. SSy sqq; Notes et documents, l'impôt sur les courtisanes à Cos, même recueil, t. V, 1892, p. loo sqq.

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3. Rayet, Mémoire sur l'île de Cos, ap. Arch. des missions, 3* série, t. III, p. 83-83. Cos a rendu un décret de proxénie en faveur d'un Tyrien, fils de Boudastratos, et nommé Théron, comme l'ami de Méléagre. Plus tard une mesure du même genre fut prise au profit d'Hérode Antipas, tétrarque de Galilée et de Pérée.

A. AP. XII, i58, 56, 57.

Jadis, un Diodore ou un Heraclite même étaient mieux partagés. La verve de l'écrivain s'épuise, les pièces compo sées à Cos sont fort peu nombreuses.

L'ancien disciple des cyniques se reposa dans la philosophie et l'érudition. L'Anthologie fut achevée; Dioclès en reçut la dédicace. Il ne fut certainement pas pour Méléagre un successeur de Myiscus s mais un ami plus jeune, un confident, peut-être un élève. Toutefois, il ressaisit bien vite son indépendance. En lisant les formules élogieuses qui terminent le Proème de la Couronne, je songe au jugement si sévère de la AtaSpo^jt,-^ : «Les Ménippées de Méléagre ne contiennent rien de sérieux. »

Si l'indulgent Syrien prévit cette sentence, il n'en fut pas accablé. La philosophie gardait rancune à son inconstant adorateur; mais Timarion avait eu d'autres caprices. Les dernières épigrammes ^ sont d'un sentiment très doux, un peu triste, mais charmant. La «Sagesse», entrevue dans un lointain plein d'illusions, n'est plus une déesse maussade dont le sceptre prend des aspects de férule. C'est une Charité souriante qui, sans vaine pruderie, tient les Muses par la main.

Méléagre vieillit lentement dans l'île de Cos, et c'est là qu'il mourut, comme nous l'apprend un mot du scoliaste en marge du manuscrit palatin 3.

I . C'est l'hypothèse de Maass (op. cit.) ; mais elle ne peut s'autoriser d'un seul argument, et pour la maintenir il faut ou vieillir Méléagre, ou rajeunir Dioclès. a. AP. VII, 417, A18, /iig.

3. On lit dans une note au Prohme (AP. IV, i): MeXéaypo; .... èTsXe\5TTiffev èv

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