Cf. surtout AP. V, i36, 1^7, 175, 197, 198; XII
Dans ce demi -jour, toute chose perd ses véritables proportions. Aux enthousiasmes, aux déclarations ardentes succèdent les prompts retours et les dédains. C'est le songe d'une nuit d'été, où les couples se cherchent et se quittent, où le fil des intrigues se rompt et s'emmêle et se renoue à chaque moment. A tant rêver on court risque de peu sentir, et c'est d'émotions sincères qu'est faite la^ poésie. Du moins est-ce là une vie charmante et Méléagre l'a -t- il vécue. Nous n'avons plus à compter avec les doctes inventions d'Antimaque et des pédants qui «chantent dans la volière des Muses». Homme du monde fort lettré et encore plus libertin, le Syrien fit des vers pour son plaisir. Il rédigea quelques épitaphes et quelques ex-voto afin d'obliger un ami ou de flatter un confrère, mais écrire lui fut un amusement et jamais un besoin. Sans doute il était riche, bien qu'il ait eu la délicatesse de n'en rien dire. Les Timarion ne se payaient pas de compliments.
Ses rivaux furent moins heureux. Léonidas vendait ses dédicaces aux marins et aux campagnards de Tarente, et sa huche n'avait pas toujours de quoi fournir au repas d'une souris *. D'autres, plus favorisés ou moins dignes, se firent les clients des Ptolémées ou des dilettantes romains. Antipater composa un thrène sur la mort d'un prince inconnu 2. Archias et Philodème payèrent en petits vers ou en tirades épiques l'hospitalité de LucuUus et de Pison. Méléagre n'eut point de patrons, il vécut pour lui-même et pour ses maîtresses, et c'est là sans doute le secret de son inspiration souvent maniérée, mais presque toujours sincère.
Il ne fut jamais las de cette existence. Pourtant, dans sa
.1. AP. VI, 3o2.