‹ Méléagre de GadaraChapitre 49 sur 190 · AP. VII, i5a; XIV, loi. Cf. la note de Dubner · texte numérisé non relu

AP. VII, i5a; XIV, loi. Cf. la note de Dubner

CHAP. V. Ul PRE^nÈRE ANTHOLOGIE. 79

Les dédicaces et les épitaphes s'imposaient à son attention. Ces deux genres furent toujours populaires chez les Grecs. Ici le compilateur devait récolter à pleines mains. Y prit-il beaucoup de plaisir? Question insoluble et du reste inutile. Les Phéniciens aimaient les inscriptions oii ils trouvaient une matière à développements interminables. Méléagre écrivit une tirade pompeuse sur des armes ï consacrées à Bellone. Poète, il suivit la mode; compilateur, il s'en fit l'esclave. Sappho, Anacréon et Archiloque n'ont donné à l'Anthologie que des épitaphes et quelques dédicaces.

On s'en consolerait aisément si elles étaient authentiques, mais il y a bien des fleurs artificielles dans la Couronne. Laissons à Archiloque la paternité de ses deux distiques. Deux épigrammes sur trois appartiennent à Sappho ; mais la dernière est d'une couleur tout alexandrine. Sittl =» voudrait même les rejeter toutes en bloc, parce qu'elles contiennent des expressions doriennes. Pour Anacréon, les critiques 3 distinguent; mais un éloge de Myron n'a pu être composé avant le milieu du v^ siècle. Simonide, plus illustre, a souffert encore davantage. Son recueil est un chaos, que les efforts de Bergk, Sittl et Flach^ n'arrivent pas à débrouiller. D'ailleurs, dans ce fatras, tout ne vient pas de Méléagre. Les pièces attribuées au grand poète forment de longues séries, où on devine la main de Géphalas. Les faussaires ont épargné Bacchylide; mais Platon est bien innocent des fadaises qu'on lui a prêtées.

Sur tous ces points, Méléagre est responsable. Du reste

2. Geschichte der griechischen Literatur bis auf Alexander den Grossen, Munich, 1884-1887, t. I, p. Sag.

3. Cf. Benndorf, De Anthologiaegraecaeepigrammatisquaeadartessp€ctant,p.r), II. Bergk, Poetae lyrici graeci, Simonide, Epig. — Sittl, op. cit., i. III, p. 38 sqq.;

— Flach, Geschichte der griechischen Lyrik, Tubingue, i884, p. l\l\\-kl\'] >

8o MÉLAGRE DE GADARA.

il s'est une fois au moins condamné en propres termes. «Je choisirai dans Anacréon, dit -il, des vers élégiaques et lyriques. » Ce dernier mot s'applique à des couplets évidemment apocryphes sur les joies de l'ivresse et la modération dans les désirs ^

Il faut pardonner à tant d'erreurs et même ne pas trop les regretter. L'Anthologie nous apporte un précieux témoignage sur les faiblesses du i" siècle. La majesté des chefs-d'œuvre classiques ne suffit plus; on raffine, on subtilise, on jette des fleurs sur les colosses de l'antiquité. Chez les Grecs, la conscience n'égala jamais le talent, et quand arriva le déclin, ils furent abandonnés sans défense aux caprices d'un goût hasardeux. Rappelons -nous les livres où les Istros et les Hégésandre voilent de tant de fables leur ignorance et leur mauvaise foi 2. Ces études extravagantes sont pleines de renseignements sur les gens qui les ont écrites. Quand on commence à connaître l'histoire de la littérature, il n'est pas sans intérêt d'en parcourir le roman.

A l'époque alexandrine, les auteurs d'épigrammes régnent en maîtres. Ils ont toutes les audaces, et font rêver quelquefois à Benserade et à ses Métamorphoses d'Ovide mises en rondeaux : Archélaûs raconte les générations des animaux 3 ; Eratosthène et Archimède 4

î. AP. XI, 47 6148.

a. Cf. Susemihl, Geschichte der griechischen Literatur in der AUxandrinerzeit, t. I, p. 489 et 633.

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