‹ Méléagre de GadaraChapitre 48 sur 190 · AP. t. III, III · texte numérisé non relu

AP. t. III, III

Ménandre » s'essayèrent peut-être dans ce genre, mais ils ne lui donnèrent que fort peu de leur temps et de leurs talents. Ainsi peut s'expliquer la conduite de Méléagre. Entre tant de poètes il jette son dévolu sur Platon. Platon avait écrit des vers amoureux et il les épargna quand il sacrifia ses premières ébauches ^ Furent- ils conservés? C'est peu croyable. La renommée du Phèdre et du Lysis tenta les faussaires et, comme toujours, les imitations prirent la place des originaux. Les épigrammes platoniciennes font pendant aux chansons anacréontiques. Méléagre n'y regarda pas de si près. Philosophe et libertin, il fut ravi de trouver une telle excuse à ses faiblesses et de mêler aux fleurs de sa Couronne « un rameau d'or tout éclatant de vertu » 3.

Le compilateur exalte les écrivains qu'il nous présente. C'est son droit. Je voudrais seulement que ces éloges fussent plus sincères. Deux pièces d'Archiloque, trois de Sappho, une vingtaine d'Anacréon, c'est bien peu pour tant de gloire. Et n'accusons pas les Byzantins. Quand on voit les pauvretés d'Antipater s'étaler impudemment, on n'a pas à chercher bien loin le coupable. Faisons la part du temps et de ses ravages. Mais ajoutons que la simplicité d'autrefois paraissait bien nue à Méléagre. Les noms classiques sonnaient harmonieusement dans sa mémoire : il admirait, mais il ne lisait guère.

Le pire est qu'à passer aussi vite on néglige des traits essentiels. Dès l'origine, les Grecs pratiquèrent l'épigramme satirique. Archiloque raille une courtisane,

I. AP. XI, 438. L'authc;iticité de ces poésies n'est pas démontrée, mais nous n'avons aucun droit de les croire toutes apocryphes. Durant la période attique on écrivit beaucoup d'épigrammes (cf. Kaibel, Epigrammata graeca ex lapidibus conlecta, Berlin, 1878, p. 8-3 a).

î. Diogène Laërce, III, s ag-SS.

figuier qu'assiègent les corneilles ^ Démodocus connaît l'art de déchirer un adversaire en trois mots 2. Simonide lance le sarcasme à Timocréon de Rhodes 3, qui réplique sur le même ton 4. D'autres écrivains présentaient brièvement une maxime ou un précepte. Les sentences plurent toujours aux Grecs. Hipparque en fit inscrire à la base des Hermès attiques 5. Tel distique de Théognis semble solliciter l'attention des compilateurs. Nous connaissons encore Phocylide et ses adages surannés ^. Constantin Céphalas nous donne sous le nom de Mimnerme un court fragment d'une philosophie découragée 7.

La naïveté du bon temps ne dédaignait pas les énigmes. Nous en avons de Gléobule et de Cléobuline. Elle nous amusent comme d'antiques statuettes informes et souriantes. Les Byzantins s'intéressaient à ces vieux débris, et le Palatin nous les conserve K Méléagre avait le goût plus difficile. Aux plaisanteries archaïques, il préférait les subtilités d'Antipater. Archiloque le frappait d'admiration, mais cette âme douce ne pouvait se plaire aux violences continues du satirique. Notre Syrien se laissa quelquefois emporter par la colère, mais il ignora toujours la haine, et il ne s'embarrassa guère de morale quand il connut Héliodora. Aussi négligea-t-il comme d'instinct tout ce qui ne flattait point ses goûts.

I. Bergk, Poetae lyrici graeci, Archiloque, épig. 19. 3. AP. XI, 335-338.

3. AP. VII, 348. Cette épigramme fut peut-être recueillie par Méléagre, mais elle n'est pas contenue dans une série. J'espère du reste prouver que le compilateur négligeait volontiers les poésies satiriques. On ne trouve, dans le livre XI, que deux séries provenant de la Couronne, et elles sont insignifiantes. Cf. Weishaûpl, op. cit., p. 11.

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