L'AMOUR ET LES IDÉES MORALES DANS LA POÉSIE DE MÉLÉAGRE
Méléagre aima toute sa vie, et sa poésie est pleine de ses amours. Aux jours de vieillesse, rappelant ses travaux littéraires, il se vantait d'avoir uni les Muses et Éros ^
Cet Éros n'est pas le nôtre. Il y a dans l'âme antique des sentiments qu'un moderne refuse de comprendre. Ils nous apparaissent très lointains, comme la vieille civilisation qui les a produits. Épargnons du moins aux Anacréon et aux Alcibiade les hontes d'une comparaison qui semble indiquée. Ces libertins ne furent pas des criminels. L'opinion faussait la conscience, et un vice qui répugne suscitait parfois d'admirables élans. Théron, comme Héliodora, fit connaître l'amour à Méléagre.
Sans doute cet amour fut bien sensuel ; mais s'il n'arriva jamais à se déprendre des réalités matérielles, il sut les ennoblir par le culte de la beauté. On pouvait sans déchoir, dans le pays de Praxitèle, oublier l'âme en contemplant le corps. Les Grecs furent jusqu'à la dernière heure fidèles à cette religion, et l'ardeur de leurs enthousiasmes ne décrut pas, bien que leurs goûts aient
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plusieurs fois changé. Dès la fm du iv* siècle, la sécheresse vigoureuse des œuvres antiques fait place dans les statues à une élégance voluptueuse et frôle'. C'est le temps des Psychés délicates et des Éros douteux.
Les Syriennes étaient loin de réaliser cet idéal ^ ; mais leur amoureux les contemple avec des yeux de poète et de poète alexandrin. Démo s'enorgueillit de ses joues blanches 3. La fraîcheur de Zénophile séduit jusqu'aux moucherons^. Myiscus est délicat 5. Si la maigreur de Callislion est notée d'un trait rapide, Oudiadès échappe à ce blâme, et Méléagre ne l'oublie pas ^. La beauté a fait son temps, le règne du joli commence. Le premier mérite est la jeunesse. Zénophile et Phanie sont des enfants 7. Passé dix-huit ans un adolescent perd son charme 8, et des énumérations déplaisantes nous montrent tous les signes de cette déchéance 9.