AP. VU
CHAP. V. LA PREMIÈRE ANTHOLOGIE. gS
chaient, puis se dessinaient plus précises. On apercevait un ensemble, et l'on savait gré à Méléagre d'avoir travaillé en sa compagnie. Cette composition n'est point propre ment celle des œuvres littéraires. Je songerais plutôt ici à une peinture, avec ses dégradations de teintes et sa couleur dominante. Le formalisme de Rome eût demandé peut-être plus de rigueur. Mais les Hellènes étaient moins difficiles à satisfaire. Qu'on lise les odes de Pindare et même les discours de Démosthène.
Ainsi la première Anthologie est toute pleine de la Grèce. C'est la Grèce qui donne à tant d'épigrammes la perfection de la forme et la justesse du trait, et qui fait planer sur les réalités de la vie l'ombre clémente de la mort et le regard des dieux indulgents. Et pourtant, jusque dans cette compilation, on devine la personnalité du Syrien. Pourquoi tant de vers erotiques et de tirades pompeuses.^ C'est que Méléagre est né dans un pays d'improvisateurs et de courtisanes. Jusqu'à son dernier jour, il resta l'admirateur de Zénophile et le disciple d'Antipater. On s'étonne même qu'un livre terminé à Cos soit si fortement marqué à l'empreinte de la Phénicie. Sans doute l'auteur commença de bonne heure à réunir des épigrammes. Du reste, il y a pour tous les hommes un moment qui fixe les idées et les goûts. Les poètes amoureux sont encore plus impénétrables que les autres. Ils s'obstinent à vivre dans le mirage de leurs vingt ans.
La Couronne a bien des imperfections. Mais ses copies la font valoir. Remercions Philippe d'avoir proscrit ou dédaigné les passions philopédiques. Mais il multiplie les sentences, les satires, les anecdotes, les flatteries aux puissants. La dextérité grecque conciliait la dignité de l'art et les intérêts de l'artiste. Ces délicatesses sont tombées entre des mains bien lourdes. Straton de Sardes
nous ramène aux égarements des Ha ici y. à et fait sombrer le libertinage dans l'ordure. Agalhias a quelque mérite. Son travail est correct et pâle comme tout ce qui naît de l'imitation. Mieux vaut ne pas juger Céphalas. Sa plus grande gloire est d'avoir possédé une bibliothèque.
Toute cette lignée vient de Méléagre et n'en fait pas mystère. Philippe suit pas à pas son devancier. Comme lui, il compose une Couronne, écrit un Proème, adopte l'ordre alphabétique et laisse inachevée l'énuméralion des auteurs '. Straton de Sardes s'inspire plutôt des Ilaicixa. Grâce à une citation bien choisie et malicieusement interprétée ^, il place même ses abominations sous le patronage de Méléagre. La popularité de la première Anthologie se maintint pendant douze siècles. Le scribe du Palatinus 3 rend hommage à l'érudit « qui réunit la fameuse collection d'épigrammes».