CHAP. VI. L'AMOUR ET LES IDEES MORALES
Si les Alexandrins méconnurent parfois l'austère harmonie des modèles classiques, ils comprirent en revanche le charme de l'expression et du mouvement. Helbig l'a remarqué ^ , dans les peintures hellénistiques les prunelles brillent sombres et voluptueuses sous les sourcils épais. Ces éclairs ont ébloui Dioscoride^, ils embrasent Méléagre 3. Les yeux d'Heraclite fondraient une pierre, et leur muette éloquence peut convaincre jusqu'aux sourds. Le poète n'ignore point la force des regards brûlants, et la magie des regards humides 4. Les yeux bleus d'Asclépias l'attirent comme le calme de la mer 5. Ces hétaïres ne sont point des aimées. Sous leur chevelure savamment arrangée 6, leur physionomie parle et leur bouche sourit 7. Elles ont deviné que la beauté n'est point la grâce. Le plus immatériel de tous les dons est aussi le plus précieux 8.
Pour de telles passions la morale n'est qu'une gêne. Toutefois, la Grèce pensa trouver dans les amours philo-
I. Cf. Helbig, Untersuchungen aber die campanische Wandmalerei, p. 267. 3. AP. V, 56 :
... yXYjvai Xa(Ttai<nv vn' oçpuatv cta'zpâTzxouGon.
3. AP. V, 96; XII, 63, 68, 72, 9/4, loi, 109, 110, ii3, 123, i/l4, iSg. Méléagre dit à Myiscus :
... Nat jxà To abv çaiSpbv eTTKTxuviov.
... àxTÎveç... aTt'oçOaXfxwv...
... ô'{Ji|jLa(Ti veûjjia Siuypov.
La même idée est exprimée par Léonidas de Tarente, AP, XVI, 3o6.
5. AP. V, i56. Les anciens parlent volontiers des yeux bleus, sans doute parce qu'ils n'en voyaient pas souvent. Cf. Asclépiade, AP. V, i53.