‹ Méléagre de GadaraChapitre 91 sur 190 · AP. XII, 187. Cf. aussi AP. VII · texte numérisé non relu

AP. XII, 187. Cf. aussi AP. VII

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CHAP. VIII. LE SENTIMENT DE LA NATURE. l35

s'est chargé d'un message. En récompense, on lui promet la massue d'Héraclès et la peau du lion néméen. La plastique donne quelquefois ces attributs à Éros, aussi mordant et aussi léger que les moucherons de Phénicie ».

L'image du petit dieu est toujours présente aux yeux de Méléagre. Lorsque, pour enlever Antiochus =, il veut se transformer en dauphin, n'oublions pas que la monture est familière aux amours de Myrina ^.

Mais ces recherches fatiguent vite, tandis qu'on retrouve toujours avec joie deux pièces charmantes et fort simples du livre VII ^. Elles célèbrent avec une ironie douce la sauterelle aux pattes dentelées, la cigale à la chair noire, aux él^tres sonores comme un tambour. On entend la mélopée stridente, on voit le platane qui se dresse dans la plaine ensoleillée. Cette précision de détail, bien alexandrine, est' relevée par un idéalisme souriant et

I. Dictionnaire des antiquités, art. Cupido, figures 2i83, 218/» et 319/4.

3. Dictionnaire des antiquités, art. cité, figure 3i65. Pottier et Reinach, La nécropole de Myrina, p. 99, 301, SSg, 5[^o, etc.

/j. AP. VII, 195, 196. Ces deux pièces ont été imitées par J.-Maria de Heredia (Anthologie du xix' siècle, i8/j3 à i85i). Cf. Les Trophées, Paris, 1898, p. U :

Ici gît, étranger, la verte sauterelle Que, durant deux saisons, nourrit la jeune Hellc, Et dont l'aile, vibrant sous le pied dentelé, Bruissait dans le pin, le cytise ou l'airelle.

Elle s'est tue, hélas ! la lyre naturelle, La Muse des guérets, des sillons et du blé. De peur que son léger sommeil ne soit trouble, Ah ! passe vite, ami, ne pèse point sur elle.

C'est là. Blanche, au milieu d'une touffe de thym,

Sa pierre funéraire est fraîchement posée.

Que d'hommes n'ont pas eu ce suprême destin !

•Des larmes d'un enfant sa tombe est arrosée, Et l'Aurore pieuse y fait chaque matin Une libation de gouttes de rosée.

M. de Heredia connaît fort bien Méléagre. Ce sonnet rappelle également les cpigrammcs VII, 207 (Le lièvre de Phanic), et VII, /|6i (ÉpitaphC d'.€sigène).

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discret. Les modestes chanteuses deviennent des « Muses agrestes », et le son de leur « cithare naturelle » endort les chagrins de l'amoureux .

Ces quelques mois ont une saveur tout hellénique. Renan l'a dit, un papillon qui voltige, une grotte dans le rocher, un siège à l'ombre d'un arbuste, une tasse sur la margelle d'un puits, sulTisent à éveiller chez les Grecs le divin sentiment de la beauté. Ces âmes, vierges encore, vibrent délicieusement aux accords d'une nature harmonieuse et mensongère comme un poème. Une pierre sur le bord de la route prend, aux heures éclatantes du jour, une fermeté de lignes et une variété de teintes qui ravissent l'esprit en récréant les yeux. Et, quand vient le crépuscule, dans la clarté morte du soleil couché, les objets se dessinent avec des noblesses et des élégances de bas -relief.

Tout s'embellit en Grèce, et jadis presque tout y était beau. L'instinct d'une race choisie avait créé mille formes gracieuses, et la simplicité des besoins permettait au sens artistique de s'épanouir librement. Dans ce lumineux pays, une lampe a toute licence de mal éclairer; en revanche, elle est charmante, arrondie comme un sein de femme et svelte comme un navire. Elle protège les amours, elle veille au foyer domestique. Aussi Méléagre, quand il l'invoque » , reste-t-il fidèle aux meilleures traditions du génie grec. Retrouver l'idéal dans le réel, puiser aux sources de la poésie sans s'y efforcer, et peut-être même sans le savoir, n'est-ce pas le don le plus précieux d'un peuple à qui la nature semble les avoir tous accor dés? L'aisance et la suprême grâce des poèmes homériques manquent sans doute quelquefois aux odes pindariques et aux trag^édies athéniennes; mais — est-ce une illusion? —

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