ACTE PREMIER i
Pourquoi cette ironie? 0 mère, je vous aime !
Sitôt que je le peux, je vous le dis moi-même,
Je quitte un glorieux cortège pour cela.
Je suis homme et ne puis toujours me trouver là;
Et même votre sang, qui coule dans mes veines,
Me conseille de fuir les effusions vaines,
Me dit que la façon de vous aimer le mieux
C'est de bien soutenir le rang de nos aïeux;
C'est d'être un fils dont vous puissiez parler sans honte
Et dont le sang divin à sa source remonte.
Songez que votre fils doit apparaître tel
Que les hommes en lui voient presque un immortel.
S'il me faut au bûcher bientôt laisser ma cendre,
Je prétends chez Hadès ainsi qu'un dieu descendre,
Et redressant mon ombre immense sans remords
Du nom de Méléagre épouvanter les morts ;
Je veux jusqu'aux enfers qu'une foule exaltée
Acclame à l'avenir le nom du fils d'Althée.
ALTHÉE
Apparences de voix bien dignes du trépas, Inutiles clameurs que je n'entendrai pas !
Je comprends au besoin le mépris de la gloire Mais devant le malheur public je ne puis croire Que des cœurs généreux restent indifférents.
i6 MÉLÉAGRE ET ATALANTE
ALTHEE
Il fallait en laisser le soins à tes parents.
Les ai-je par hasard empêchés de bien faire ? Mes oncles ont compté surtout sur la prière. Estiment-ils que Zeus les ait mal exaucés ? Que veulent-ils de plus, et n'est-ce pas assez Qu'il m'ait inspiré tant d'éloquence et d'adresse Que j'amène aves moi l'élite de la Grèce ? Et quel plus grand miracle en espéraient-ils donc ? Mais la chasse m'attend aux bois Calydon, Souffrez que je vous nomme et que je vous présente La fleur de nos héros, l'intrépide Atalante.
ALTHÉE
La femme doit à l'arc préférer le ciseau
Et son honneur est d'être assis à son fuseau.
Reine, je ne suis point une femme ordinaire : Ces armes de combat, ces vêtements de guerre, Cet arc, ces javelots sont familiers pour moi, Et je m'explique mal qu'ils causent tant d émoi ; Ils me sont naturels depuis que je suis née. Une nymphe des bois m'a-t-elle abandonnée, Un dieu m'a-t-il donné le jour? — Je n'en sais rien. La Parque a suspendu mon nid aérien Au sommet des rochers d'où s'envolent les aigles; J'ai grandi solitaire, ignorante des règles