SCÈNE IV
Les Mêmes, les Chasseurs
œnée
Je vous reçois avec fierté dans ma maison.
Salut, jeune Nestor, audacieux Jason;
Soyez les bienvenus, fils d'Éaque et d'Egée,
Et vous, belle Atalante, ornement du Tégée,
Et toi, Laërte, et vous, Dyas, Hippothoùs,
Et toi que j'oubliais, sombre Pirithoùs,
O mes neveux divins, superbes Tyndarides,
Cavaliers de l'Érèbe et des grands cieux splendides !,
Pour toi, mon fils, tous ces amis pardonneront
A la naïveté d'un vieux roi vigneron
Qui, lui, n'a jamais rien fait de très méritoire,
D'embrasser un enfant qui le couvre de gloire.
Mon Méléagre, ces héros déjà fameux
Ont cette différence avec toi qu'ils sont, eux,
Fils de pères dont ils n'ont qu'à suivre la trace; Mais je salue en toi le premier de ma race, Et songeant qui je fus je regarde étonné S'envoler comme un aigle au ciel mon premier né.
Ma récompense, père, est dans ton allégresse.
Remercie avant moi ces héros de la Grèce,
A mon premier appel chacun d'eux est venu,
Ils m'ont, sans hésiter, suivi, moi l'inconnu;
Ils m'ont, pour cet exploit, porté sur leur épaules.
Ce sont eux les vaillants, ne changeons point les rôles,
Et si mon nom prend place entre leurs noms fameux
C'est parce qu'ils m'ont pris en croupe derrière eux.
Le Destin à plusieurs des plus braves funeste,
Trop partial à ma jeunesse, a fait le reste;
Tous ont droit qu'on allume un glorieux flambeau,
Les uns sur leur maison, d'autres sur leur tombeau.
Mais les dieux, prévoyant ce partage de gloire,
Nous avaient envoyé dans nos rangs la Victoire.
A son corps de statue, à sa marche, à ses yeux,
Vous reconnaissez tous la vierge sœur des dieux.
De ses cheveux s'exhale une odeur d'ambroisie,
C'est Atalante que conduit la Poésie.
Déesse trop aimable et qu'on n'ose prier,
Je t'offre au nom de tous la branche de laurier»