‹ Méléagre et AtalanteChapitre 22 sur 38 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

J'accepte Ion présent, mais c'est pour le suspendre

En trophée au-dessus du seuil de ta maison,

Si ton père et ta mère, en leur haute raison,

Veulent bien accepter de me prendre pour fille,

Moi qui ne me connais encore de famille

Que les divinités des monts et des forêts,

Car dans le même temps que tombait sous tes traits

L'animal monstrueux dont tu m'offris la hure,

Ta vaillance courtoise et ta haute figure

Fascinaient mon cœur vierge et l'ouvraient à l'amour.

Pour remonter parmi les dieux, il est trop lourd,

C'est un cœur de mortelle. Eh bien, pour que je meure,

Accueille-moi, jeune homme au moins dans ta demeure.

Divine fiancée, avec quel doux orgueil

A ton bras de mon toit je franchirai le seuil;

Mon père, en attendant, voici donc votre fille.

ŒNÉE

Soyez la bienvenue, ô vous, dans ma famille Où je n'ai jusqu'ici trouvé que de l'ennui, Vous entrerez comme une étoile dans ma nuit.

PLEXIPPE

Assez, je n'en puis pas tolérer davantage ! Assez de ce galant et lâche bavardage !

iVas-tu point de pudeur, n'as-tu point de remords,

Sentant ton oncle, hélas ! couché parmi les morts

Où rétendit votre criminelle imprudence,

De commettre envers lui cette horrible indécence

D'arroser de son sang à peine refroidi

Ton sacrilège amour que les dieux ont maudit?

Je te le dis en face et le crie à la Grèce :

Tu Tas sacrifié pour sauver ta maîtresse

Et tu n'as pas le droit, étant son meurtrier,

De disposer ainsi sans moi d'un laurier

Tout dégouttant du sang lustral de ma famille !

Indigné, je l'arrache aux mains de cette fille !

Que vient nous raconter à présent ce vieux fou ?

On l'avait oublié. D'où sort-il? De quel trou?

Personne ne l'a vu pendant toute la chasse

Et c'est lui qui harangue et c'est lui qui menace !

Autant il était doux, autant il fait de bruit.

Insolent ravisseur de la gloire d'autrui,

Lâche ce que tu tiens, ou je pourrais t'apprendre

Qu'il ne faut pas voler ce qu'on ne peut défendre !

PLEXIPPE

Mon frère a succombé sous vos coups aujourd'hui Et le vrai sanglier abattu ce fut lui. Je vous exècre tous.

Page 1