SCÈNE I ATÀLANTE, Le Chœur
Je ne pouvais prévoir cette horrible action Que l'offense à son père a faite légitime ; J'espère que les dieux n'y verront point un crime, Mais ce n'en est pas moins un présage angoissant De voir sur mon chemin cette flaque de sang.
LE CHŒUR
On dirait que ton âme en ce moment hésite.
Dès que le cœur est seul, la tristesse entre vite.
LE CHŒUR
Et de quoi peux-tu bien t'attrister à présent?
Le doute est pour l'esprit un fardeau bien pesant.
LE CHŒUR
Ton âme ressent-elle un tourment qui la creuse ?
Je suis tout à la fois heureuse et malheureuse. Enfin, je l'ai voulu, le sort en est jeté !
LE CHŒUR
J'ai quelque peine à te comprendre, en vérité, Car je ne connais pas plus douce destinée Que d'être par l'amour conduit à l'hyménée.
Adieu, forêts, monts et ravins, Àtalante se déshabille, Lune, de tes rayons divins ; Au tranchant d'or de ta faucille Elle détache, purs joyaux, L'une après l'autre les étoiles Oui servaient d'agrafes aux voiles
Légers et royaux Que lui jetait le crépuscule
Sur les sommets, Et va se perdre pour jamais Dans l'humanité minuscule.
De son arc et de son carquois, De ses regards, terribles flèches, Épouvante et fierté des bois, Le jeune Amour aux lèvres fraîches