ACTE TROISIEME
ALTHEE
Mon oreille est ouverte autant que mes prunelles. Veuillez vous souvenir que vous avez juré Par le fleuve du Styx, aux dieux même sacré, De ne rien révéler des choses que j'ai dites.
LE CHŒUR
Reine, tu nous remplis d'épouvantes subites.
ALTHÉE
Mes actes dussent-ils vous paraître insensés, Cachez soigneusement ce que vous en pensez ; Craignez de me trahir par un mot, par un geste; Gardez devant les yeux votre serment funeste. Je fais ce qu'un devoir douloureux me prescrit. Ne jugez pas à vos balances mon esprit. Au-dessus de la boue où votre cœur se vautre, Songez que mon regard voit plus loin que le vôtre.
AÏALANTE
Je sens planer partout le mystère et l'effroi !
ALTHÉE, à Atalante.
Mais je vous oubliais, vous devez avoir froid, Ma fille; la forêt par l'hiver dépouillée N'a pu vous garantir et vous êtes mouillée... Je possède en un coffre, où je vais le chercher,
Un précieux tison plus propre à vous sécher.
[Elle va chercher le tison et le jette au feu.)
A peine j'ai soufflé déjà la flamme brille. Approchez-vous, venez vous réchauffer, ma fille.
Femmes, vos yeux sont pleins d'un sentiment d'horreur Que se passe-t-il donc et quel sombre malheur Sur ma tête s'amasse et se prépare à fondre ?
LE CHŒUR
Ne m'interroge pas, je ne puis te répondre !
Une tempête affreuse emporte à l'Achéron, De plus en plus grossi par les larmes des veuves, Et roule en tourbillons les héros dans les fleuves Où navigue Caron.
Évohé ! Évohé ! Passez les coupes noires. Oue chacun à sa soif boive l'eau du Léthé, Et que sa morne ivresse y ramène hébété Leur troupeau sans mémoires.
Sur les rives du Styx s'ils reviennent rêver, S'ils regardent encor du côté de la vie, Ils contemplent, mais sans regret et sans envie, La barque mortuaire en silence arriver.