‹ Méléagre et AtalanteChapitre 29 sur 38 · ACTE TROISIEME 5i · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME 5i

Le fil et dans tes doigts tords-en la blanche laine ;

Comme cela, c'est bien. Avec un peu de peine

Tu pourras, mélangeant les fils et les couleurs,

Savoir broder un jour des arbres et des fleurs,

Un centaure au galop qui dans la forêt passe,

Des scènes de carnage et des tableaux de chasse,

Et tromper les ennuis de ton cœur désœuvré !...

... Que vois-je? Mon rouet d'un reflet empourpré,

A chaque tour de roue, hélas ! devient plus rouge.

Est-ce quelque rayon qui dans les arbres bouge ?

Mais non, mais non, c'est bien du sang, du sang humain.

Malheureuse, il en reste encore sur ta main !

Le sang du sanglier !

ALTHÉE

Non, le sang de Toxée.

Que dit-elle? Grands dieux, sa face est convulsée!

LE CHŒUR

Elle parle de son frère, mort en effet.

ALTHÉE

Où court Plexippe avec le visage défait?

Où vas-tu, très doux frère, la gorge ouverte,

Ton sang vermeil coulant à flots sur l'herbe verte ?

Égorgé comme un bœuf, égorgé sans pudeur,

Tu t'échappes des mains du sacrificateur,

Et mon époux Œnée assiste au sacrifice !

C'est Méléagre qui du bourreau fait l'office !

Horreur ! horreur ! horreur ! Il essuie à présent

Le coutelas encor ruisselant de ton sang,

Tu passes devant tous sans qu'aucun se dérange

Et tu viens me trouver pour qu'enfin je te venge.

Oui, oui, je te comprends, c'est ce fatal tison,

Hélas ! qui rallumé dévore ma maison !

J'aurais dû le laisser se consumer. Pardonne!

Mon intention, frère, était cependant bonne :

J'ai voulu le sauver parce que je l'aimais,

Et je vous ai perdus par lui tous à jamais !

Prends patience, va, nous allons tous descendre

Chez HadèSj ne laissant ici qu'un peu de cendre.

Je l'emmène avec moi. Quand tu le reverras,

Ne le repousse pas, Plexippe, de tes bras.

C'est le fils de ta sœur, s'il est le fils d'Œnée ;

Et tout fut fait par la terrible destinée.

Là-bas, sous les cyprès aux ombrages épais,

Son cœur trop violent retrouvera la paix.

Et quand nous aurons bu l'oubli des mauvais songes,

Les cruautés d'ici sembleront des mensonges.

LE CHŒUR

Dans le délire où semble osciller sa raison

Elle voit cependant, par delà l'horizon,

Se dérouler l'horreur de scènes trop réelles !

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