SCÈNE IV Les Mêmes, MÉLÉAGRE, ŒNÉE, ATALANTE
Je ne me soutiens plus. Asseyons-nous. Un dieu
Tout à coup a brisé ma force, Et je suis comme un frêne encor debout qu'un feu
Dévorerait sous son écorce, Gomme un frêne dont on verrait frémir au vent
Le feuillage, hélas ! encor tendre, Comme un frêne que Ton supposerait vivant
Et dont le cœur serait en cendre ; La flamme s'insinue aux moelles de mes os
Gomme à travers des branches sèches, Et mes veines soudain, pareilles aux roseaux,
Ont la dureté de mes flèches, Je sens mes chairs craquer ainsi que du charbon,
Sous ma peau que crispent les rides, Et la cendre couler brûlante tout le long
De mes jarrets désormais vides.
ŒNÉE
Mon enfant, ô mon pauvre enfant !
Mon cher époux !
r>8 MELEAGRE ET ATALANTE
Ne pleurez pas. Vous sentir là tous deux m'est doux, Assieds-toi près de moi, père, et toi, fiancée, Pose ta chère main dans la mienne. Je veux
Dans le parfum de tes cheveux Endormir pour jamais ma mémoire lassée.
Lorsque je descendrai les mortuaires eaux, Qui m'emporteront comme en un lit de parade, Si la barque en passant effleurait les roseaux
Et réveillait mon cœur malade, Je voudrais, refermant aussitôt mes yeux morts
A ces funèbres paysages,
Rêver doucement que je dors Sous le regard aimé de vos muets visages.
(Se tournant vers Althée.)
Mais, ô toi qui, pareille à quelque oiseau de nuit, Veilles devant le feu comme sur ta couvée,
Attendant que soit achevée Ma vie avec la bûche où je brûle sans bruit...
Je frémis d'épouvante. Hélas ! que veut-il dire ?
ŒNÉE
Il ne sait ce qu'il dit. L'infortuné délire.
Si tu consentais à laisser
Pour un moment ce triste ouvrage,