ACTE TROISIEME 5g
Je te dirais de m'embrasser, Pour que de pardonner je garde le courage,
Pour que je sente si vraiment
J'avais comme un autre une mère,
Pour entendre le battement De ce cœur que je crains immobile et de pierre,
Pour savoir si quelque regret
S'élevant de ton âme morte
Ne mérite pas que j'emporte, Au fond de moi gravé, ton douloureux portrait.
Dans mes loisirs crépusculaires,
Sous les cyprès élyséens,
J'aimerais parler sans colères
Aux autres quelquefois des miens,
Revivre les heures passées,
Revoir au fond de mes pensées
Ma mère au seuil de sa maison, Et mon père dresser sa forme à l'horizon.
0 ma mère, ô ma mère, entends,
Pendant qu'il en est encore temps, L'appel suprême Du fils qui t'aime !
ALTUÉE
Auprès des miens, là-bas, là-bas, Où je t'emporte dans mes bras, T'attend la véritable vie Oui ne sera jamais suivie De l'amertume du trépas.
6o MÉLEAGRE ET ATALANNE
Te suivre là-bas, mère atroce, Moi ton enfant infortuné, Dont tes mains préparent la fosse, Comme si tu faisais un lit de nouveau-né, Non, tu n'auras pas cette joie D'emporter là-bas ton butin ; Louve, tu lâcheras ta proie Que t'arrachera le Destin !
Héros grecs, voyez cette femme, Elle a fait le calcul infâme, Pour mieux m'arracher à jamais, Hélas ! à tous ceux que j'aimais, De m'entraîner dans l'enfer avec elle Et de m'emprisonner dans la nuit éternelle.
Va-t'en, va-t'en, chienne d'Hadès !
Va retrouver tes sœurs dans les ténèbres
Et de tes aboiements funèbres Du sommeil des vivants ne trouble plus la paix.
LE CHŒUR
Sans prononcer un mot, la reine se retire.
Elle s'en va, saoule de sang", comme un vampire.
Un mystère d'horreur, père, couve en ce feu.