ACTE TROISIÈME Gi
Ma dernière heure est consumée.
Ne précipite pas ma mort, ô bien-aimée. Puisque de ces instants il me reste si peu,
De leur douceur sois économe, D'aucun cri maintenant n'en romps l'exquise paix,
Laisse l'affreux mystère en ses voiles épais Recouvrir de ses plis mon existence d'homme,
Toi, père bien-aimé, que vas-tu devenir?
De quoi rempliras-tu ta maison délaissée
Et ton cœur désormais trop grand pour ta pensée
Où n'habitera plus que l'amer souvenir ?
Que si, las de pleurer, tu reprends, à l'Aurore, Le chemin des coteaux familier à tes pas, Tu te diras : Pour qui travaillerais-je encore? A quoi bon tout ce vin? Mon fils n'en boira pas.
Et toute joie en toi se trouvant abolie
Quand l'Automne, sonnant du cor dans les forets,
Ouvrira la vendange et le temps de folie,
Tu n'iras recueillir aux ceps de tes regrets
Que les âpres raisins de la mélancolie.
Adieu, père, j'aurais dû mettre plus de soin
A te payer de ta tendresse,
Mais la mort me semblait si loin
Que je me disais : Rien ne presse.
Tout enivré de mes vingt ans, Je comptais sur les jours qui me restaient à vivre,
Et le Destin pendant ce temps Effaçait mon nom de son livre.
Recueille dans cet entretien, Avant que la mort nous sépare, Tout l'amour dont mon cœur avare A trop souvent frustré le tien.
ŒNÉE
Je ne peux te survivre.
Les dieux dans leur pitié me laisseront te suivre !
A vous merci, mes compagnons, Grâces à vous, dans la légende et dans l'histoire S'allumera d'un peu de gloire Mon nom parmi vos noms.
Et toi, ma douce fiancée, Reçois maintenant mes adieux Et que ma dernière pensée Aille s'éteindre dans tes yeux.
De te sentir ici présente Donne à ma vie agonisante
Un charme infini ; Et je dormirai dans la barque Funèbre où me couche la Parque Comme un oiseau dans son nid.
C'est un divin rêve Dont je ne m'éveillerai pas.
Mais parlons plus bas.
La Nuit vient, la lune se lève,