VI INTRODUCTION
Aujourd'hui, grâce au manuscrit 1 2667 du fonds français de la Bibliothèque nationale que nous eûmes le plaisir de pouvoir identifier avec le livre composé par Froissart à la requête du duc Wenceslas, il nous est permis d'offrir aux amis de notre ancienne littérature le texte presque entier du roman de Meliador.
Le sujet du poème est en lui-même assez simple. Afin d'échapper aux trop pressantes poursuites d'un outrecuidant chevalier, l'héritière présomptive du trône d'Ecosse a fait vœu d'épouser le guerrier qui, après cinq années d'épreuves, sera proclamé le plus vaillant. Mais, en raison du grand nombre des chevaliers qui prennent part à la quête de la belle Hermondine, l'action est singulièrement touffue. Un reproche plus grave encore doit être adressé à Froissart : l'intérêt du lecteur se concentre à certains moments sur des personnages qui, dans une œuvre mieux composée, ne se présenteraient pas avec le même relief. Agamanor et Phénonée d'une part, Sagremor et Sébille de l'autre, font trop souvent oublier les véritables héros du roman. Dans ces conditions, une analyse un peu détaillée du poème nous a paru absolument nécessaire, afin de permettre au lecteur de se rendre un compte exact de la marche du récit et de se reporter plus facilement aux épisodes qui auraient attiré son attention.
ANALYSE M MÈttÀDOR Vît
Hermond, roi d'Ecosse, qui avait épousé la sœur de Loth^ seigneur de Montgriès, en Northumberland, reste veuf après sept ans de mariage, avec une fille unique, Hermotidine. Contraint de soutenir contre le roi de Suède une longue guerre où l'accompagne son beau-frère, il confie la jeune princesse aux soins de Florée, fille de Loth, et les deux cousines demeurent ensemble au château de Montgriès. Non loin de là se trouvait le château de Camois, appartenant à un chevalier du nom de Camel. Les hasards d'une chasse au cerf conduisent un jour Camel jusque sous les murs de Montgriès, en un préau où il sonne l'hallali. l\ accepte l'hospitalité de Florée; mais, malgré les instances de celle-ci et par un motif qu'il ne saurait avouer, il refuse de passer la nuit à Montgriès : il était, en effet, atteint àé somnambulisme, et, malgré toute sa bravoure, il n'avait point coutume de dormir sans être veillé (v. 364).
Camel s'en retourne donc de nuit à Camois ; mais, poussé par l'amour, il revient le mois suivant à Montgriès. Cette fois, Florée pénètre les sentiments de Camel à l'égard d'Hermondine et ne lui montre au départ qu'une politesse assez froide. Elle fait part de sa découverte à la jeuiie princesse, et, pour préserver celle-ci de la recherche d'un chevalier sujet à des accès de somnambulisme, elle décide qu'à l'avenir Hermondîne ne paraîtra plus devant lui. A une troisième visite de Camel, Florée explique l'absence de la princesse par une indisposition. Une autre fois, l'entrée du château lui étant refusée sous prétexte de l'état de santé de Florée, il laisse à l'adresse d'Hermondine une lettre par laquelle il déclare son amour. La situation apparaît alors à Florée pleine de périls, mais l'achèvement de la guerre vient la tirer d'embarras, car le roi Hermond rappelle sa fille près de lui (v. 1019).
Après cinq ans et demi d'absence et à la grande joie de chacun des leurs, Loth est rentré à Montgriès et Hermondine au château royal de Signandon où son père exprime