CHAPITRE XXVII
iVloN père ayant pris ma place dans sa voiture , je montai à cheval avec Edouard ; et je ne sais par quel fatal instinct , arrive's aux portes de la ville, nous poussâmes nos chevaux, et nous nous trouvâmes à la maison de mon père , près d'un quart-d'heure avant que ces dames y fussent.... Mais , quelle fut mon inquiétude en entrant dans la cour, de voir une voiture de voyage et des gens qui la déchargeaient, dont^ en approchant ^ je reconnus la livrée ! Je me semis pâlir , et le saisissement que j'éprouvais m otait la parole.
Edouard, qui ne s'en aperçut pas, nie dit : Qui est donc descendu chez
( Ï07 ) vous ? C'est , je crois , madame de.
Chandor, repris-je tristement : ce sont ses gens et sa voilure. La belle madame de Chandor î dit Edouard avec vivacité; on dit qu'elle est charmante.
Ah ! je me fais un grand plaisir de la Toir. Il descend de cheval, et il est au haut des degrés que je n'avais pas encore donne mon palefroi à Valentin, pourle mettre à l'ëcurie. J'avais même envie de ne pas monter , mais je n'osai pas. J'arrive donc dans le salon de ma mère, oli on avait fait entrer la marquise de Chandor; car, malheureusement , je ne m'étais pas trompe' :
c'était elle.
Ah! vous voilà, mon cher Alfred; j'avais bien besoin que vous arrivassiez pour m'expliquer comment il se fait qu en venant passer un mois avec ma tante, je me trouvechez madame votre
( '08) mère: en vérité, je suis désole'e. Que Ta penser de moi M. de Moncy ? — Ma mère sera trës-flattée, madame , que vous lui fassiez l'honneur de loger chez elle, où elle a le bonheur de posséder madame la marquise d Erlac depuis quinze jours : tout ce qui l'affligera , sera de ne pouvoir vous offrir un appartement aussi commode qu'elle le désirerait. — Vous medoninerez le votre. — Il est bien à voire service. Edouard trouva que j'étais fort heureux que l'on voulût l'accepter. — Le partager , repris - je , .seraitplus doux. La Marquise réprima celte saillie par un air froid qui m'en imposa. Je ne cacherai pas qu'à la pensée de l'embarras où j'allais être entre Estelle et Méline, avait succédé, en voyant madame de Chandor, un sentiment de plaisir. Elle était si jolie,
( iû9 ) si fraîche encore , malgré ses trente ans passés. ... ; puis , aimer Méline jusqu'au moment oii je devais être son époux , c'était aimer une étoile, et j'avais la preuve qu'il n'en était pas de même de sa cousine. Quel mal y aurait-il donc jusqu'à ce que.... Cette pensée se présenta à moi vaguement.
Elle suffit, néanmoins, pour me donner Tair beaucoup plus empressé auprès d'Estelle que je n'aurais dû l'avoir dans cette circonstance. La Marquise, croyant que j'étais enchante de son arrivée, insista pour n'accepter que mon appartement dans la maison, ou qu'elle irait loger dans le premier hôtel garni. Cette discussion finit par l'arrivée de madame d'Erlac , de sa nièce et de ma mère. Mon père n'entra pas dans le salon ; il n'aimait. pas le& nouvelles connaissances. Eh ! bonjour^ ma chère