‹ Méline, ou, Mémoires du chevalier de Moncy (volume 2)Chapitre 14 sur 20 · XII · texte numérisé non relu

XII

raisons qui ni'oiil amenée chez madame de Moncy? un mariage.

Madame de Chandor.

Un mariage, matante!...

Madame d'Erlac.

Ce n'est pas moi qui se marie; mais cette jeune personne , en montrant Me- Une. Je ne pus soutenir l'effet qu'allait produire cette fatale révélation et je sortis. J'appris depuis la suite de cette conversation. Madame de Chandor, qui n'avait point encore remarqué Méline, et qui vit qu'elle était charmante, répondit qu'il n'était pas étonnant qu'avec d'aussi beaux yeux , on trouvât facilement un mari.

Madame d'Erlac Quand on est pauvre comme ma •nièce ! . . .

Madame de Chandor.

C'est donc une fille de madame d'Erigny ?

M a d a me d' E r l a c.

Oui , et je vous la présente comme votre cousine, qui épouse Alfred de Moncy , le fils de madame. Madame de Chandor ne s'attendait pas à de semblables nouvelles. Toute sa présence d'esprit fut au moment de l'abandonner^ mais, cependant, elle se remit , se contraignit assez pour aller embrasser Méline , qu'elle eut voulu étouffer. — Je vous fais mon compliment, ma cousine; vous aurez un mari d'une charmante figure, un peu volage, je crois; mais il faut opter entre un mari maussade ou infidèle, c'est impossible autrement. — Je ne crois pas, reprit ma mère, que mon

C "3 ) fils'puisse avoir de semblables reproches à se faire. — Mais , pour un homme, ce n'est qu'un jeu. — Dont mon fils sera incapable. — Eh mon Dieu! interrompit la marquise d'Erlac, d'ici à quatre ans, nous aurons le temps de savoir quelle sera la conduite d'Alfred. — Quatre ans; expliquez-vous de grâce, ma chère tante.

Il épouse, me dites-vous, Mëline ^ que signifient ces quatre ans? — Je vais vous l'expliquer : je veux que ce jeune homme ait acquis de l'avancement avant d'épouser ma nièce; ce qui m'a fait retarder l'époque du mariage de quatre ans. Ce terme releva les espérances d'Estelle, et elle se flatta qu'elle aurait le moyen de faire manquer un mariage qui lui causait un si violent chagrin. Ma mère, qui ne s'en doutait seulement pas, l'accabla d'attentions^ lui offrit son appartement;

mais .madame de Chaiidor voulut absolument le mien, qui était trèsagréable; car ma mère l'avait fait arranger avec le plus grand soin. En y%iin je m'y étais réfugié, pour me mettre à l'abri de l'orage dont j'étais menacé; ma mère vint me dire qu'il fallait le quitter et partager la chambre d'Edouard : jen éprouvai une vériritable contrariété. D'ailleurs , que ne penserait- elle pas en y entrant ! Partout le chiffre de Méline était uni au mien , et des distiques italiens exprimaient mon amour pour mademoiselle d'Érigny. Les ôter , que penserait ma mère? Je pris le parti de faire face à la tempête , de convenir avec la marquise que j'aimais Méline, et renonçais au bonheur que j'avais dû à ses bontés , et que je ne lui demandais rien que son amitié.

Fier de cette courageuse résolution ,

( "5) je donnai ordre à Valentin de transporter mes effets dans la chambre d Edouard , et je redescendis dans le salon. La marquise de Chandor dissimula en me voyant , et s'efforça de sourire en me demandant pardon de me déranger. — Pouvez-vouslecroire?

— Oui, je le crois , et très-fermement. Elle ne me dit que ce mot de toute la journe'e, ne s'occupa que de sa tante, de ma mère, peu de Méline : mais c'est assez d'usage : les femmes parlent r.îrementauxjeunes personnes : qu'auraient-elles à se dire? Les mystères de l'hymen sont enco re caches à cellesci jceux d*amour ne se révèlent qu'à une compagne chérie.

Méline éprouva un mal plus grand que l'ennui. L'embarras que me causaient les torts que je me reprochais , me mettait très - mal à mon aise.

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Meline me trouvait différent que je n'étais ordinairement avec elle ; ma tristesse lui paraissait de la froideur. Loin de chercher, comme je faisais toujours , à être près d'elle y j'affectais de m'en éloigner. Madame de Chandor voyait mon supplice, et elle en jouissait. A l'instant du dîner , il me fallut donner la main à Estelle, et je me trouvai placé à côté d'elle. Ma mère, qui ignorait ma cruelle situation , fit mettre le couvert de Méline ensuite, de sorte que je me trouvai entre les deux rivales qui , toutes deux , sniv nt 4eur caractère, me montrèrent combien elles étaient offensées.

La marquise de Chandor me lançait à la dérobée des regards oii se peignaient la colère et l'indignation. Une profonde mélancolie voilait les traits de Méline. Si ma main rencontrait la

ine , elle la relirait doucement, mais elle la retirait. La Marquise affectait une gaieté folle , adressait la parole à tout le monde , excepte' à moi.

Une partie du jour se passa ainsi, sans qu'il me fût possible de m'expliquer avec Me'line ; et comme je cherchais, dans l'après-midi, à me procurer un moment d'entretien avec elle , la Marquise passa près de moi,et me glissa si adroitement un billet dans la main, qi'^; ; croyais rêver. Cependant , la curiosité me fil passer dans le jardin pour le lire. Il n'y avait que ces mots : ^minuit y dans votre chambre^ qui est maintenant la mienne ^ ou demain , je ne serai plus. Je serrai ce billet, ei crus devoir me rendre à une invitation si formelle et accompagnée d'une pareille menace. Je ne savais ce

(ii8) que je désirais. Le chagrin de Méline me de'solait ; le désespoir d'Estelle flattait ma vanité, et je sentais au fond de mon cœur le désir de concilier l'amour pur et sincère que j'avais pour mademoiselle d'Erigny , et la fatale passion que sa cousine m'inspirait.

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