I/ORGIE ROMAINE
Ils éuirac Bille, Iims de nce ■iliiaire et pairirienne, fii avaieit sairi TilK ea Judée; dedékairlie ec cnads eoBlrapCews de veria.
Abb. Mabc
HERCIJLANUM
La première éruption connue du Vésuve eut lieu sous le règne de Titus, l'an de J. C. 79; elle détruisit Herculanuni.
Jeunes contemporains, poétique auditoire, Sourds aux bruits de la rue, écoutez une histoire Dont nulle bouche encor n'a fait ses entretiens, Mystère qui remonte à Tére des chrétiens :
Aux secrets de là-haut toujours ce qui se lie. Quoique empreint de raison, ressemble à la folie; Or, écoutez ce chant de plaisir et d'horreur ! Titus régnait, Titus, le divin empereur.
Qui porte un nom si beau parmi les rois d'élite ; Titus, le destructeur du peuple israélite; Lui qui brûla Sion, et s'en revint suivi Des enfants de Juda, des enfants de Lévi.
Le monde était tranquille et la paix était faite. Le triomphe volait sur son chemin de fête ; L^empire s*endormit dans un hniyant repos ; Le soldat se fit homme; on ploya les drapeaux. Prévoyant, cette fois, une trop longue attente, Le vieux centurion brûla ses pieux de tente ; On éleva partout des autels à Vénus, Et le prêtre ferma le temple de Janus.
Rome la belliqueuse avait brisé sa lance; Alors vinrent des jours de splendide opulence, De somnolent bonheur, de suaves ennuis, Des jours de volupté, de parfums, et des nuits Telles que la bacchante, aux aguets sous les treilles, Dans les fêtes de Pan n*en vit point de pareilles. L'homme était fort et brun ; dans ses festins si lents* Jl exerçait sa faim sur des mets succulents; A ses tricliniums, remplis d'amis intimes, Il découpait les corps des laineuses victimes, Comme aux repas d'Homère, où la main des héros Sur la table de chêne allongeait deux taureaux. La femme, avec son œil, l'œil céleste des Gaules, Sa chevelure d'or ruisselante aux épaules, Sa gorge de statue et son air sibyllin.
Et son beau corps trahi par sa robe de lin, La femme ressemblait aux nymphes d'Arcadie, Qui dans un cœur de faune allumaient l'incendie; Et l'on voyait courir tout Rome aux jeux du soir. Où, pour se faire aimer, elle venait s'asseoir.
L'or abondait : Titus, vainqueur en Palestine,
De retour pour calmer la légion mutine
Et réjouir longtemps sa grande nation.
Morcela les trésors du temple de Sion.
Un jour, il fit jeter aux pétillantes flammes
Le cèdre de Moïse orné de riches lames.
Les coupes d'Aaron, tous les vases d*or fin.
L'arche que protégeait Taile du séraphin,
Tous ces riches métaux qui, sous le saint portique,
Brillaient selon la loi gravée au Lévitique.
Le fondeur souilla tout de ses profanes mains,
Et de Tor du vrai Dieu fit des écus romains.
Cette fois, nul fléau ne vint de la nuée
Pour accorder vengeance a Tarche polluée ;
Il fut long et complet le sacrilège : eh bien,
L'impunité régna partout, Dieu ne fît rien !
Et Tété vint; Tété, saison des douces fêtes.
L'été, que salua le cri de leurs poètes ; La litière volante et la mule au pied sûr Emportèrent de Rome, aux blancs rochers d'Ânxur, Tous ces hommes heureux qu'en odes sibyllines Parthénope appelait sur ses belles collines ; Le rameur, sur son banc, transportait ces colons A l'autre bord du golfe, à ces tiédes vallons Où deux cités, deux sœurs, l'une à l'autre groupée, L'une fille d* Hercule et l'autre de Pompée, Aspirant la fraîcheur sous le Vésuve ami, Allongeaient leurs pieds blancs sur le flot endormi.
Celui qui les créa, ces deux villes éteintes. Les colora partout d'harmonieuses teintes ; L'artiste ingénieux y jeta mollement L'arabesque sans fin d'un songe heureux qui menl, Les fêtes du dieu Pan, les courses des ménades, Les choses de Vénus au front des colonnades; Les nymphes accourant à la danse du soir. Sans effleurer le sol, blondes sur un fond noir ; Les roses et les fruits qu'effleuraient aux corbeilles L'aile des papillons ou le dard des abeilles ; Pour ces villes d'amour l'azur fut prodigué, Tout, jusqu'à leurs tombeaux, était riant et gai, Gomme dans Sybaris, autre ville odorante Qui dort au bruit des flots du golfe de Tarente.
Un jour de cet été, jour que le vieux destin
Avait caché longtemps à tout Napolitain,
Un jour, Herculanum, sur la rive sonore,
Ne fit qu'un sommeil court et vit lever l'aurore :
Le riche Pollion, arrivé le matin
Dans sa villa de marbre, illustrait un festin ;
Sa table se courbait sur sa fraîche terrasse.
Et mille conviés, Romains de noble race.
Célébraient ce grand joui* où l'Hébreu fut vaincu,
Où sa voix en pleurant dit : « Sion a vécu ! »
On avait disposé sous la main du convive
Le lierre toujours frais avec sa feuille vive ;
Le vin se reflétait sur les tempes en feu.
En desséchant les fleurs, les fleurs qui durent peu;
Mais l'archipel voisin envoyait jusqu'aux frises Les parfums voyageurs sur les ailes des brises. Et le doux vent du soir, tout le jour attendu, Enflait le tissu rouge aux colonnes tendu.
Heure d'orgie ! alors la volupté circule Sous les pins embaumés de la ville d'Hercule : L'esclave a dénoué le blanc voile du sein ; Le convive amoureux, levé sur son coussin.
Désignant aux lambris de suaves peintures, Aux fiHes de Sion enlève leurs ceintures.
Et Pollion le riche, élu roi du festin.
Pour 1^8 exciter mieux, leur dit ce chant latin :
a Enfants ! que la coupe soit prête !
De roses couronnons le vin ; Amis, buvons le vin de Crète A Titus, l'empereur divin !
Que jusqu'à la dernière goutte La patère se vide toute ; Tendez la patère à Tcnfant.
Selon la coutume latine, Au vainqueur de la Palestine, A Titus, le Dieu triomphant!
Amis, le faleme ruisselle Dans les celliers de ma villa ; Portez-nous l'amphore que- scelle Le cachet vierge de Sylla :
Buvons aussi ce vieux falerne
Au vainqueur de T hydre de Lerne, Protecteur de notre cité :
Il faut que cette nuit décide Qui de nous est digne d'Âlcide, Qui de nous l^a ressuscité !
Aux épaule de nos maîtresses, Nous qui jetons des bras nerveux.
Qui faisons ruisseler leurs tresses Ainsi qu'un torrent de cheveux; Nous dont Tallure libertine Fait rougir la vierge latine Qui passe devant les censeurs, Qui savons tout ce qu'on exprime De vif plaisir et de doux crime Avec nos filles et nos sœurs.
Montrons aux sœui*s des Juifs rebelles Qu*en notre pouvoir nous tenons, A ces filles brunes et belles.
Des Romains dignes de leurs noms !
Depuis nos mères les Sabines, Jamais de plus de concubines Nous n'avons jonché nos couss'ms ; Embrassons. de toutes nos âmes La femme sur un lit de femmes; Que nos lèvres brûlent leurs seins !
Loin d'ici la pudeur el les grâces décentes,
Vertus qui font notre dédain ; Flétrissons à la fois de caresses puissantes
Ces fraîches roses du Jourdain !
Le vin brûlant se mêle au feu de notre veine,
Les parfums montent des récifs, Notre beau lit d*ivoire embaume de verveine :
Tout excite aux baisers lascifs.
Venez toutes ici, venez, femmes exquises.
Vos doux maîtres sont amoureux ; Au prix de notre sang nous vous avons conquises.
Pleurez bien pour nous rendre heureux.
Oh ! les pleurs valent mieux que le fade sourire.
Filles au visage abattu ; Ecoutez donc ces mots que Ton ne peut écrire
Et qui font rougir la vertu :
Aux conseils importuns de vos sages matrones
La volupté seule répond, Et nos lits avec vous sont plus beaux que les trônes
Des rois de la Perse et du Pont, d
Un vif éclair blanchit la sonore terrasse
Où Pollion chantait sur le mode dllorace ;
Un vieil esclave hébreu, qu'on ne connaissait pas,
Entrait avec l'éclair dans le lieu ^\x repas.
Sa face de bélier avait un teint livide ;
11 frappa d'un doigt fort sur une ampiiore vide,
Selon l'usage antique, et cet étrange son
Suspendit le vers libre et donna le frisson .
« Hommes heureux, dit-il, savez-vous que la nue A revêtu, ce soir, une forme inconnue?
Que Tardente vapeur qu*exhale votre sol Gomme un pin lumineux s*élève en parasol ?
Voyez cette colonne au feuillage d'acanthe S'agiter convulsive, ainsi qu'une bacchante : Le falerne a donc mis sur vos yeux un bandeau? La cendre tombe ici comme une trombe d'eau ; Sur ce marbre disjoint, tel qu'un navire à l'anse, En mouvements légers votre lit se balance.
Entendez-vous ces cris de vieillards et d'enfants? Tout le vallon est plein d'atomes étouffants. Herculanum se meurt ! la plaine est une étuve ; Cette ville s'asseoit sur l'orteil du Vésuve; Vos marbres ont craqué ; la flamme va sortir, Elle va vous brûler sous vos pourpres de Tyr !
— Que nous veut ce vieux faune, à la voix de Gassandre, Avec son noir sayon tout constellé de cendre? Dit Pollion. Amis, que l'esclave africain Nous verse le massique; il faut boire à Vulcain!
Que d'autres fleurs ceignent nos tempes !
Bravons le feu sous ces abris ; Esclaves, suspendez les lampes Aux chaînes d'or de ces lambris :
Pour soleil de nos chastes scènes, Il nous faut ces lampes obscènes
MËLODIES. i273
Qui parent ma salle de bain ; G*est l'œuvre des eunuques perses ; Je les achetai cent sesterces De Glymodore le Thébain. »
.Et les voix du dehors criaient : — a La mer écume ;
Voici les temps prédits par la vierge de Gume ;
La mer brûle ; les rocs fondent comme du miel ;
Pas un rayon de jour ; pas une étoile au ciel !
Dieux grands ! dieux immortels ! c'est notre heure dernière!
Les pins sont secoués ainsi qu'une crinière ;
Le Vésuve indigné rugit comme un lion ;
N'offense pas les dieux, écoute, ô Pollion !
— Divins faunes aux pieds de chèvres, vous qui pouvez tout oser, Prêtez- nous ce feu de vos lèvres Qui s'accroît dans un long baiser !
S'il nous faut subir la mort pâle, Mourons comme Sardanapale, Ce sage du bel Orient ; Pour mourir au milieu des flammes, 11 nous faut un bûcher de femmes :
Nous y monterons en riant ! »
Et les voix : a Fuyez donc, fuyez, la lave approche ! Nos pas laissent partout l'empreinte sur la roche !
— Viens ici, nautonier; tourne ton bec d'airain; Prends ces trente écus d*or ; voguons au lac Lucrin.
— Voici, voici le feu ! — c'est un fleuve qui roule ;
— Dieux! le temple dlsis ! voyez comme il s*écroule!
— Oh ! si je puis revoir le soleil radieux Demain je sacrifie une hécatombe aux dieux !
— Que maudit soit le Romain lâche Qui baise Tautel de la peur !
Tressons-nous des couronnes d'ache : Elles dissipent la vapeur.
Gloire, gloire au père Liée !
Que la pudeur soit oubliée.
Jetons la tunique aux cent plis ; Dans notre débauche nocturne, Jetons aux flots toge et cothurne :
Nous voilà nus, broyons nos lits! »
Et les voix : « La mer monte et la terre s'abaisse ;
— Tout le sol disparait sous une cendre épaisse.
— Quoi ! les temples aussi dans Tabime s'en vont ! Â quoi pensent les dieux? — la montagne se fond !
— Hercule est contre nous, — fuyons d*un pas agile ; Allons sous le laurier du tombeau de Virgile :
C'est un arbre sauveur. — Gomme la terre bout !
— Nous n'aurons pas demain une maison debout !
— Quand on est mille à boire ensemble, Dans la vapeur d'un gai repas.
Etendus sur des lits, il semble Que la terre ne tremble pas !
Approche donc, livide esclave.
Va remplir ma coupe de lave :
Je veux boire ce vin d'enfer.
Buvons tous ce vin du Gocyte, Sachons quels désirs il excite Dans une poitrine de fer!
— Pollion, hâte-loi; du pied de la colline Tu peux gagner encor les galères de Pline ; Sors avec tes amis... Non, ne sors pas: le Ilot, Embrassant ton palais, en a fait un îlot ; Tes poutres ont craqué; la campagne est si noire, Qu'on ne voit plus Miséne et son haut promontoire ; Tout est mort; ouvre-moi, je suis un soldat, seul Je t'apporte ton aigle ; elle est dans un linceul.
— A toi donc, divin lils d'Alcméne, Protecteur de ces région s, Je donne cette aigle romaine Qui brilla sur mes légions ; Et meurs content! que le feu tombe, Ce lit me servira de tombe ; C'était l'espoir qui me suivait.
Viens, oh ! viens, fille d'Idumée, Viens, et que ta joue embaumée Soit à moi mon dernier chevet! »
27t) MELODIES.
Ici finil le chanl : de la haute solive La lampe s'écroula, pleine de jus d'olive ; Et tout fut fait. Un cri de vive Tempereur Domina d'autres cris d'amour et de terreur; On entendit encor les caresses dernières Murmurant sur le cou des belles prisonnières, Et la cendre massive étouffa dans leurs lits Ces mille conviés sur l'heure ensevelis :
Tout disparut... Après l'épouvantable scène, Ufl nautonier craintif, venu du cap Misène, Laissant flotter sa voile abandonnée au vent. Sur Ilerculanum mort vit un Hébreu vivant!