‹ Mélodies poétiques (volume 2)Chapitre 20 sur 103 · ITALIA · texte numérisé non relu

ITALIA

A MADAME LA COMTESSE ***, QVE j'aVAIS RENCONTRÉE EN ITALIE, ET QUE JE RETROUVAIS A PAKIS

Sur ce globe où l'on se promène, Le cœur flétri, les yeux en pleurs, Dans notre terrestre domaine, Où l'épine couvre les fleurs, Pour avoir un moment de trêve, Pour jouir de quelque doux rêve Et charmer un chagrin cuisant , Il faut que l'agile pensée Ressaisisse une heure passée Et s'endorme sur le présent.

Dans ces jours où la mort commence, Quand il fait noir à Thorizon, Lorsque Paris, la ville immense, M*étouffe comme une prison, Courbé par la mélancolie, Je pense à la belle Italie :

Elle console mes ennuis ; Je vois avec les yeux de Tàme Le soleil de ses jours de flamme Et les étoiles de ses nuits.

Vous qui comprenez les poètes.

Et qui prenez de votre main Des roses pour toutes les fêtes, Un crêpe noir le lendemain, Si parfois la brume qui passe Devant vous répand dans Tespace Ennui secret, vague chagrin.

Et si votre vitre qui pleure Ne vous fait pas rêver à l'heure Où le jour deviendra serein ;

Oh ! rappelez-vous ces vallées Vierges du souffle des hivers.

Ces villas aux longues allées De peupliers et de pins verts ; Ces horizons aux grandes lignes, Ces ormeaux mariés aux vignes Qui pendent sur le grand chemin.

Et, pleurantes aux bords des fleuves,

Ces calmes cités, nobles veuves Du grand peuple qui fut Romain !

Rappelez-vous ces nuits sereines.

Pleines de joie et de doux bruits, Ces bals, où présidaient les reines, Ces concerts de toutes les nuits; Ces quadrilles aux danses vives; Ces festins où tous les convives S'appelaient par des noms si beaux; Ces fêtes, mourant à Taurore, Lorsque le jour venait éclore Aux pâles lueurs des flambeaux !

Surtout rappelez-vous Florence, Cette sirène aux doux liens, Qui vous fait oublier la France Avec ses chants italiens ; Qui conte sur ses promenades.

Ou sous les hautes colonnades , Ses fastes graves ou badins, Et vous endort avec ses brises Sur les marbres de ses églises Ou sur les fleurs de ses jardins !

Et dans sa villa radieuse Cette fêle que nous donna Avec sa voix mélodieuse La divine prima donna!

Fêle où la France et l' Angleterre Ont su réunir un parterre De grandes dames et de miss Pour applaudir, dans leurs extases, Toutes les angéliques phrases Que nous chante Sémiramis !

Il est d'autres villes au monde ' Pleines de splendides bazars.

De jardins qu'un fleuve féconde, De temples meublés par les arts ; D'autres où l'air que Ton respire.

Et qui dans les arbres soupire, Est suave comme le miel ; Mais c'est dans la seule Italie Que l'œuvre de l'homme s'allie Aux magnificences du ciel !

EMPOLl

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Empoli *, doux rivage Aux riantes maisons, Beau fleuve, tiède plage De fleurs et de gazons :

Sur tes molles collines Chantent avec le vent Les douces mandolines, Les cloches du couvent.

C'est toi qui nous l'annonce Cette ville, ta sœur,

* Délicieux village à quelques lieues de Florence; toutes les jeunes filles y travaillent aux chapeaux de paille.

Que la bouche prononce Avec tant de douceur.

Empoli, quand on foule Ton bienheureux gazon, Florence se déroule Et luit à l'horizon.

Dans ta vive auréole D'azur et de gai té, Le jour léger s'envole Gomme un songe d'été ;

Toujours on s'y réveille Sur un riant chemin; Le bonheur de la veille Renait le lendemain.

Aux chants de la folie, Tressez dans ces vallons La paille d'Italie, Filles aux cheveux blonds ;

Devant la fraîche place Qui vous voit réunir, Le voyageur qui passe Emporte un souvenir.

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