A L ILE DE MALTE
str. Li: KoscAL-nusE, au uoRb ii£ la mer
Septembre 1859
Malte, rucher de lleurs, plein de tiédes asiles, Sois bénie à jamais entre toutes les iles, C'est toi qui la vis naître!... et d*un air caressant Tu couvris le berceau du bel ange naissant !
Dis-moi : — Quand elle vint se révéler au monde, Que de paillettes d'or le ciel mit sur ton onde! N'est-ce pas que ce jour fut un jour bien sei'ein, Qu'un plus tendre concert monta du flot marin, Que, pour mieux réjouir cette fille des anges, -Un vent plus doux baisa tes fleurs et tes oranges, Que même sur les rocs de tes vallons déserts La rosée, à midi, tomba du haut dés airs.
Que les papillons d'or et les vives abeilles Respectèrent les fleurs promises aux corbeilles,
Alin que rien d'impur, à son premier feslin, N'arrêtât sur sa lèvre un sourire enfantin !«.. Ile sainte, dis- moi, toi qui Tas caressée, Lorsque tu recueillis sa première pensée, Dis-moi quels cris d'amour célestes ou mondains
Eclatèrent partout dans tes mille jardins ;
Quand Tenfant, arrivée à son âge de femme,
Eblouit le soleil sur ton rocher de flamme,
Et qu'elle illumina de ses regards premiers
Les dômes ondoyants des gracieux palmiers !
N'est-ce pas que ce fut une divine fête?
(Ju*un nuage de fleurs environna sa tête,
Qu'une brise d'amour descendit de ton ciel,
Plus douce mille fois que le lait et le miel ?...
Jamais, depuis le jour où, sur ces mêmes plages,
Vénus, abandonnant son lit de coquillages
Au murmure de l'onde, au doux chant des oiseaux,
Bolle à ravir, sortit de l'écume des eaux,
Jamais, oh ! non, jamais, la mer intelligente
Qui vole de Marseille au golfe d'Agrigente
N'entendit retentir sur le flot enchanté
Un cri plus triomphal, hymne de la beauté!...
Si ton nom prononcé m'attendrit, île sainte,
Ce n'est point pour les murs qui bornent ton enceinte.
Ce n'est point pour les noms de tes vieux chevaliers.
Qui dorment dans un cloître, à l'ombre des piliers,
Ni pour ta noble gloire, en cent combats acquise !. .
C'est que ton plus doux fruit, la fleur la plus exquise,
Ta fille la plus belle, au déclin d'un beau jour,
A passé devant moi dans un rêve d'amour!...