‹ Mélodies poétiques (volume 2)Chapitre 3 sur 103 · SUR LA TERRASSE DES AYGALADES · texte numérisé non relu

SUR LA TERRASSE DES AYGALADES

De ce haut perron où les roses Montent pour toucher notre main, On peut voir d*un coup d'œil trois choses :

La mer, la ville et le chemin.

La mer nous dit : Grains mes naufrages, J'ai noyé mes meilleurs amis; Et ceux qui bravaient mes orages Dans mon algue sont endormis.

La ville nous dit : Je suis pleine De fracas, de brume et d'ennuis ; Mes jours sont voués à la peine.

Et je manque d'air pour mes nuits.

Le chemin nous dit : Mon ornière Mène aux pâles climats du Nord ; On trouve à ma borne dernière Les peuples assis dans la mort.

Or, la vie est ici dans l'ombre Pleine d*un air délicieux, Au milieu de ces fleurs sans nombre.

Comme les étoiles des cienx ;

Sous ces toits rougis par la tuile, Baignés par un azur divin, Où naît Tarbre qui donne Thuile.

Le pampre qui donne le vin ;

Au pied des montagnes arides.

Dont les fleurs couvrent les sommets.

Où le printemps des Hespérides Commence et ne finit jamais ;

Sous ce ciel plein de mélodies, Doux échos du divin séjour.

Sur ces collines arrondies Comme les choses de Tamour ;

Sous ces verdoyantes arcades.

Qui conseillent le doux sommeil.

Dans l'arc-en-ciel de ces cascades Qui pleuventavec le soleil.

Sur ces bords où tout nous convie Vivons d'extase et de langueur ;

Cet air est celui de la vie,

La fête des sens et du cœur ;

Vivons dans ce limpide espace, Et, sans songer au lendemain, Laissons à la foule qui passe La mer, la ville et le chemin.

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