L APPARITION AU BAL
Uu jour, j'étais au bal ; les belles jeunes filles Parlaient mode nouvelle, ou dansaient en quadrilles. Et dans un angle obscur du salon trop étroit, Pendant que, seul de tous, j'écoutais d*un air froid Les airs napolitains, les vives barcarolles, ^ Les valses emportant d'amoureuses paroles, Elle parut, laissant le châle au corridor.
Avec ses blonds cheveux noués au peigne d or, Son cou blanc et si pur, son visage de fée.
Et sa robe de bal sous le sein agrafée, Riante et gracieuse ; ainsi d'un pas léger Les femmes de Paris marchent sous Toranger, Quand, jetant ses couleurs aux pelouses fleuries. Le tiède mois de mai pare les Tuileries.
MELODISS,
Bientôt on l'entoura : les agiles danseurs Lui prodiguaient en roqd d*enivrantes douceurs; Tons voulaient Tentrainer à la salle bruyante Où bondit sous Tarohet la valse tournoyante, Et la vierge riait ; c'était le premier soir Qu'aux banquettes d'un bal elle venait s'asseoir.
Moi, danseur invalide et prophète morose,
Je me disais le sort de cette jeune rose.
Pour l'engager au bal par des mots obligeants,
Précipitez-vous tous,, folâtres jeunes gens !
Un jour, quelque époux grave, ennemi du mystère,
Tout radieux d'orgueil au sortir du notaire,
Après festins de noce'et galants madrigaux.
Couvrira ce front pur de baisers conjugaux !
Le lendemain, honteux des nocturnes délices,
Il parlera de banque et de bruits de coulisses,
El maudira son joug en suppliant le ciel
De trancher la moitié de sa lune de miel.
Quelle erreur! il fallait à la vierge inquiète
Un compagnon d'élite, une âme de poêle.
Un homme qui comprit tout ce qu'un jeune cœur
Peut receler d'amour sous un rire moqueur I
Qui lui dirait : Oh ! viens loin d'un monde peu sage :
Le feu de ces cristaux ternit ton frais visage ;
Quitte le bal poudreux et ce brillant essaim
Dont le souffle a flétri le bouquet de ton sein ;
Viens aux pins odorants de la verie colline,
En robe sans festons de blanche mousseline,
dO MELODIES.
« C'est le beau mois où, dans l'espace , « La lune salue en naissant « L'étoile de Vénus qui passe « Sur les pointes de son croissant ;
« C'est la saison de vive flamme, « Où l'homme écoute à son réveil « Chanter l'antique épithalame « De notre Terre et du soleil !
« Le ciel, lumineuse merveille, « A mis ses astres les plus beaux, « Et, pour éclairer notre veille, ({ 11 allume tous ses flambeaux.
c< A minuit, le ciel étincelle ; c< La mer est son miroir dormant.
« Allons voguer sur la nacelle, oc Entre ce double firmament. »
Ah ! ce fut la nuit sans pareille !
Je marchais à votre côté.
Votre voix douce à mon oreille, Et dans mes yeux votre beauté !
Où sont tant de choses aimées, Baume divin de mes ennuis ?
Et mes collines embaumées.
Et mes hymnes des ticdes nuits ?
Et la mer qui parlait aux gréées, Beaux sites tant de fois dépeints?
Et le sommeil doré de rêves Sur la mousse où chantent les pins?
Plus d*été ! le ciel monotone Me dit que l'hiver est vainqueur ; Le vent désolé de l'automne M*a versé Tamertume au cœur !
Rien n'exalte plus mon envie, La sombre nuit tombe sur moi ; Léve-loi, soleil.de la vie, soleil d'amour, léve-toi!...