A VIRGILE
Tibur, 1854
Sous les pins de Tibur, au feuillage sonore, Toi, tu Tas bien connu cet amour qui dévore, A rheure de midi, quand la flamme est dans Tair, Quand le soleil, dorant le roc de la sibylle. Fait pleuvoir ses rayons sur le fleuve immobile. Change la cascade en éclair ;
Quand, sous les feux du ciel, la campagne se ride Aux ardeurs du Lion et de Tété torride, Et qu*un chaud zéphyr joue avec les épis blonds, Et qu'on entend de loin, en notes inégales, Sur Técorce des pins retentir les cigales, Mugir les bœufs dans les vallons ;
A l'heure où le dieu Pan, sous des arceaux de lierre. Enseigne un air d'amour à la nymphe écoliére Et chante, en alternant la unie avec la voix ; Où TApollon berger abandonne ses chèvres, Et va, la flamme au front et le baiser aux lèvres, Embrasser Daphné dans les bois ;
A l'heure où, vers Tibur, devant les cascatelles, Les myrtes de l'amour, le thym, les immortelles. Les genêts aux fleurs d*or, les clochettes d'iris, Les sauvages œillets, les humbles violettes, Exhalent sous les monts, immenses cassolettes, Le parfum aimé de Gypris.
11 semble alors que tout, dans la zone agrandie. Arbres, fleuves, gazons, couronnés d*incendie, S*agitent dans les bras d*un invisible amant, Et que, dans les sillons embrasés de Tespace. Chaque étincelle d*or est un baiser qui passe Chargé des feux du firmament !
Tant de siècles éteints, ô Virgile 1 ô mon maître ! Ces feux brûlent encor ton divin hexamètre.
Soit qu'il chante Phyllis, soit qu'il chante Didon, Ou soit que, par Terreur d'un caprice profane, 11 refuse la robe et le lia diaphane A la bergère Corydon.
Oui, tous les aiguillons de la chair et de l'âme Scandent, sous le soleil, tes dactyles de flamme.
Et notre corps glacé, dans la neige engourdi, Se donne, avec tes vers, une amoureuse fête, Et sent vibrer au cœur, comme dit le prophète, La flèche qui vole à midi * !
Aujourd'hui, toute chose ici s*est écroulée.
Mais la brise de feu par ton cœur exhalée.
Mais les divins amours que ton vers nous a peints, Sous la roche où, brisé, le vieux temple s'incline, Vivent avec Técho, parlent sur la colline, Chantent avec la voix des pins !
Et toujours à midi, quand, sous la verte arcade, La voix des pins se mêle au bruit de la cascade, Quand les grelots d'argent brillent sur les cyprès. Si, joyeuse au soleil, une nymphe moderne.
Fille de Tivoli, vient fouler la luzerne Et cueillir der fleurs dans les prés.
On croit la reconnaître ; un jour tu Tas chantée :
Oui, c'est Ghloé la brune, ou sa sœur Galatée,
Qui fuit quand on Ta vue; oui, c'est Amaryllis
Ou la blonde Aglaé, si chère au vieux Silène,
Aglaé qui secoue, en volant sur la plaine.
Une blanche gerbe de lis.
« Oui, c'est bien une nymphe, en robe de bergère,
Car elle a déposé sa tunique légère,
* A sagiUa volante in die, ab incarsu et demonio meridiano. (David, Psaumes.)
Qu*elle livre flottante aux feuilles des roseaux, Et l'on voit, à travers le rideau des vieux saules, L'ivoire savoureux de ses fraîches épaules S'arrondir au-dessus des eaux.
En ce moment divin, si toute la nature, Si la création, comme la créature, S'agite sous le feu dont lamour l'inonda.
C'est qu'une jeune fille, aux caresses de l'onde, Toute nue, a livré sa tête brune ou blonde, « Cherchant le cygne de Léda ;
C'est qu'après deux mille ans cette nymphe romaine. Fille de tes amours, naquit sur ton domaine.
Sous la treille où ta main cueillit les pampres verts, Et que le frais Tibur, aux vierges de ta race * Donne, sans l'épuiser, cette éternelle grâce Souvenir vivant de tes vers !
MINORA CANAMUS "
C'est pour L'araour, Ghannante Amante, Que la Villa Se pare De feux.
Prépare Ses jeux, Ses fêtes Coquettes,
* L'auteur a écrit cette pièce devant un musicien qui prétend que les vers ont toujours dix syllabes de trop pour un compositeur.
Ses longs
Salons,
Ses marbres.
Ses arbres,
Ses chants
Touchants,
Son ombre
Si sombre.
Ses beaux
Flambeaux,
Sa mousse
Si douce;
Et lourds
Velours ,
Fougère
Légère,
Tapis
D'épis
Que brise
La brise.
Vergers,
Bergers,
Prairies
Fleuries,
Bonheur
Qui noie
Le cœur
En joie,
Azur
Si pur,
Etoiles Sans voiles, Gaité D*été, Verdure Qui dure Dix mois Aux bois, Aux treilles Vermeilles, Aux pins Alpins, Aux rives D*eaux vives.
Dans la Villa,
Ces choses Ecloses Sont pour L*amour !