A UNE CRÉOLE
Un jour d*hiver bien triste Le souffle de janvier, Sur les toits de Tartiste, Agitait son clavier ;
A la femme de l'Inde Pleurant son paradis, Sur des notes du Pinde, Pour l'égayer, je dis :
nouvelle venue Sur le pont d'un trois-mâts, Jeune fleur inconnue Dans nos tristes climats !
Vous qui fûtes bercée, Loin du linceul des lits, Sur la fleur balancée Au chant des bengalis ;
Vous, dont le pied créole, Â son premier élan, Fendit la vague folle Qui baigne Geylan ;
Gomme vous devez rire De ce que nous faisons Sur le parquet de cire De nos froides maisons !
Et Tamour?... avouez, madame.
Que, dans Paris, en tout endroit, De Ghaillot jusqu'à Notre-Dame Il est logé bien à Tétroit !
Ainsi, dans l'hôtel où vous êtes, On c(»npte chacun de vos pas.
Chaque maison a cinq gazettes Qu'on parle et qu'on n'imprime pas.
Sur la rive gauche ou la droite Les femmes ont, dans tout quartier, Pour harem une chambre étroite Et pour eunuque leur portier.
Au coin d'une fenêtre sombre, Ouverte au regard du public.
On peut se promener à Tombre De Toeillet et du basilic.
Votre eau du bain est mesurée, Derrière un pudique rideau.
Par ung fontaine filtrée Ou par un Sylvain, porteur d*eau.
L'hiver est long, Tété commence Au mois de juillet, un peu tard.
Froid comme Taîr d'une romance, Ennuyeux comme saint Médard.
C'est étonnant comme on s'ennuie Dans un château plein de gaîté!
Tout arbre n'est qu'un parapluie Dans la quinzaine de l'été.
Si dans un bois on se retire Pour chercher un rhume et la paix, On ne voit pas un seul Tityre Assis sous un tilleul épais.
Mais, par Teffet d*un jeu de prisme.
Formé sous un brouillard flottant, On voit le dieu du rhumatisme Couché sur le bord d'un étang.
Si Tamour s*asseoit sur la mousse, Hélas! il se lève bientôt; Quittant son arc, Gupidon tousse, Et se couvre d'un paletot.
Le petit dieu, cachant son aile, Rêvant au pays grec d'Othon, Endosse un gilet de flanelle.
Et prend un bonnet de coton.
Et, dans la saison destinée Aux douceurs des joyeux ébats, Il s'asseoit dans la cheminée, Et lit le Journal des DéhaU,
créole de l'Inde ! exilée adorable.
Reine du chattiram, aux colonnes d'érable.
Ne regrettez-vous pas, dites, les chauds abris
Ou sur le bord des lacs, miroirs tiédes et calmes, L*arbre laisse passer sous ses dômes de palmes Un nuage de colibris?
Ou le ciel à TEden nous oblige de croire?
Où le magnolia sème ses fleurs dM voire Sur les pieds de Tesclave et les pieds de Témir? Où Tamour peut trouver, sans témoins et sans voiles, L'alcôve d*aloës pour veiller aux étoiles, Le lit de gazon pour dormir?
Ou, dans un lac voisin qu*un premier rayon dore, La fille du nabab, levée avec Taurore, Nage en charmant Técho de son rire d^enfant, Et, belle de fraîcheur, par la route connue, Rentre au toit nuptial, assise demi-nue Sur la cime d'un éléphant?
Amour, fleur et soleil ! ô trinité^ divine !
richesse de tous, par qui Dieu se devine !
Dieu créa pour vous trois ces horizons hindoux, Beau cadre où, sans hiver, la nature animée Fait le soleil plus grand, la fleur plus embaumée, Le baiser créateur plus doux !