SCÈNE PREMIÈRE l'hOUME du XIX* SIÈCLE
La moitié de ce siècle a passé comme un rêve, Et rien ne s*accomp1it encor, rien ne s*achéve; Tout languit au chantier; toujours le monument Doit grandir, et toujours son architecte ment. Aux premières lueurs du jour, quand je m'éveille, Je vois Tœuvre à peu près au niveau de la veille , La parole stérile a tué Faction, Et ce siècle, oubliant sa noble mission, N*a plus qu'un pas à faire, et l'autre moitié tombe, Ainsi quela première, au néant de la tombe.
Sans nous laisser un ciel serein, sans avoir mis Une pierre de plus au monument promis !
La guerre est toujours là devant nous, qui se lève,
Prête à changer le soc de la charrue en glaive,
A fermer brusquement les portes des bazars
Et du temple où la paix donne la vie aux arts !
Eh quoi ! les voyageurs, qui, traversant les ondes,
S'en vont, sur un vaisseau, visiter d'autres mondes,
Que leur passage soit serein ou désastreux.
S'accordent tous pour vivre en bons frères entre eux,
Et timides, groupés dans la même coquille.
Ils forment en passant une seule famille !
Et qu'est-ce que la terre ? Un globe aérien
Rempli de passagers qui ne connaissent rien,
Qui ne sauront jamais, sur leur flottant domaine,
Le port où, dans leurs nuits, la main de Dieu les mène.
Quel rivage infernal ou divin ils verront
Surgir devant l'abime où leurs yeux plongeront :
Eh bien, au lieu de faire, avec un calme sage,
Unis et fraternels, ce terrible passage,
Au lieu de l'accomplir, ce périlleux chemin,
Le sourire à la lèvre et la main dans la main.
Ils voyagent toujours en nourrissant dans l'âme
Des prétextes de guerre et des haines de flamme,
A la moindre raison, déchirant sans pitié
Le pacte solennel que signa l'amitié ;
Et comme si la mort, sur toutes les frontières,
N'engraissait pas assez l'herbe des cimetières,
Ces pèlerins d'une heure, ici-bas, en passant.
Batailleurs éternels, se nourrissent de sang 1
Oh! tout espoir s'éteint! car au siècle où nous sommes
Ce ne sont pas les bras qui manquent, mais les hommes;
Les travailleurs sont prêts, mais, la truelle en main, Ils se sont endormis sous Tarbre du chemin ; Tout l'œuvre est en ébauche, et, sans finir sa tâche, Le bûcheron lassé laisse tomber la hache, Désespérant d'abattre, aux deux flancs des vallons, Les chênes attendus pour des travaux si longs. C'est fini... de ma foi la dernière étincelle Est morte... Mon esprit dans le doute chancelle, Et moi-même, à ce jour niant un lendemain.
Découragé, je tombe au milieu du chemin.
(Il s*0sseoit dans une attitude d'épuisement.)