‹ Mélodies poétiquesChapitre 102 sur 122 · HERCULANUM · texte numérisé non relu

HERCULANUM

La première éruption eonnoc do Vésuve eut lieu sous le règne de Titus, l'an de J. C. 79; elle détruisit Herculannni.

Jeunes contemporains, poétique auditoire, Sourds aux bruits de la rue, écoutez une histoire Dont nulle bouche encor n'a fait ses entretiens, Mystère qui remonte à l'ère des chrétiens :

Aux secrets de là-haut toujours ce qui se lie, Quoique empreint de raison, ressemble à la folie; Or, écoutez ce chant de plaisir et d'horreur ! Titus régnait, Titus, le divin empereur.

Qui porte un nom si beau parmi les rois d'élite; Titus, le destructeur du peuple israélite; Lui qui brûla Sion, et s'en revint suivi Des enfants de Juda, des enfants de Lévi.

'im MELODIES.

Le inonde étail tranquille el la paix était faite. Le triomphe volait sur son chemin de fête ; L'empire s* endormit dans un bruyant repos ; Le soldat se fit homme; oif ploya les drapeaux Prévoyant, cette fois, une trop longue attente, Le vieux centurion brûla ses pieux de tente ; On éleva partout des autels à Vénus, Et le prêtre ferma le temple de Janus.

Rome la belliqueuse avait brisé sa lance ; Alors vinrent des jours de splendide opulence, De somnolent bonheur, de suaves ennuis, Des jours de volupté, de parfums, et des nuits Telles que la bacchante, aux aguets sous les treilles, Dans les fêtes de Pan n'en vit point de pareilles. L*homme était fort et brun; dans ses festins si lents. 11 exerçait sa faim sur des mets succulents:

A ses tricliniums, remplis d*amis intimes, Il découpait les corps des laineuses victimes, Comme' aux repas d'flomére, où la main des héros . Sur la table de chêne allongeait deux taureaux. La femme, avec son œil, l'œil céleste des Gaules; Sa chevelure d'or ruisselante aux épaules, '

Sa gorge de statue et son air sibyllin, Et son beau corps trahi par sa robe de lin, La femme ressemblait aux nymphes d'Arcadie, Qui dans un cœur de faune allumaient l'incendie; Et l'on voyait courir tout Rome aux jeux du soir, Où, pour se faire aimer, elle venait s'asseoir.

L'or abondait : Titus, vainqueur en Palestine,

De retour pour calmer la légion mutine

Et réjouir longtemps sa grande nation,

Morcela les trésors du temple de Sion.

Un jour, il fit jeter aux pétillantes flammes

Le cèdre de Moïse orné de riches lames,

Les coupes d'Aaron, tous les vases d*or fin,

L'arche que protégeait Taile du séraphin,

Tous ces riches métaux qui, sous le saint portique,

Brillaient selon la loi gravée au Lévitique.

Le fondeur souilla tout de ses profanes mains^

Et de For du vrai Dieu fit des écus romains.

Celte fois, nul fléau ne vint de la nuée

Pour accorder vengeance à Tarche polluée;

Il fut long et complet le sacrilège : eh bien,

L'impunité régna partout, Dieu ne fit rien !

Et Tété vînt; Tété, saison des douces fêles, L'été, que salua le cri de leurs poètes ; La litière volante et la mule au pied sûr Emportèrent de Rome, aux blancs rochers d'Anxur, Tous ces hommes heureux qu'en odes sibyllines Parthénope appelait sur ses belles collines ; Le rameur, sur son banc, transportait ces colons A Fautre bord du golfe, à ces tièdes vallons Où deux cités, deux sœurs, l'une à l'autre groupée, L'une fille d'Hercule et l'autre de Pompée, Aspirant la fraîcheur sous le Vésuve ami, Allongeaient leurs pieds blancs sur le flot endormi.

mmmmm

Celui qui les créa, ces deux villes éteintes. Les colora partout (inharmonieuses teintes ; L*artiste ingénieux y jeta mollement L'arabesque sans fin d*un songe heureux qui ment, Les fêtes du dieu Pan, les courses des ménades. Les choses de Vénus au front des colonnades : Les nymphes accourant à la danse du soir, Sans effleurer le sol, blondes sur un fond noir ; Les roses et les fruits qu'effleuraient aux corbeilles L'aile des papillons ou le dard des abeilles ; Pour ces villes d'amour l'azur fut prodigué, Tout, jusqu'à leurs tombeaux, était riant et gai, Gomme dans Sybaris, autre ville odorante Qui dort au bruit des flots du golfe de Tarente.

Un jour de cet été, jour que le vieux destin

Avait caché longtemps à tout Napolitain,

Un jour, Herculanum, sur la rive sonore,

Ne fit qu'un sommeil court et vit lever l'aurore :

Le riche Pollion, arrivé le matin

Dans sa villa de marbre, illustrait un festin ;

Sa table se courbait sur sa fraîche terrasse.

Et mille conviés, Romains de noble race,

Célébraient ce grand jour où l'Hébreu fut vaincu,

Où sa voix en pleurant dit : « Sion a vécu ! »

On avait disposé sous la main du convive

Le lierre toujours frais avec sa feuille vive ;

Le vin se reflétait sur les tempes en feu,

En desséchant les fleurs, les fleurs qui durent peu ;

Page 1