EN REVENANT DE LA CAMPAGNE
AVEC \}y BOUQUET
Septembre 1839
Tantôt j'étais aux champs, triste, tête baissée, Sur chaque noble flçur jetant une pensée, Et vous la renvoyant par le chemin de Tair Couverte de parfums, vive comme Téclair.
Et, lorsque j'eus compté, dans ma marche indolente, Ce sérail odorant, Tarbre, la fleur, la plante, Depuis la violette obscure sur le sol Jusqu'au pin lumineux qui monte en parasol, Je sentis que mon cœur se serrait à l'idée Que demain chaque fleur, expirante et ridée, Tomberait au soleil, «sans avoir un instant Réjoui vos beaux yeux de son lustre éclatant. Alors, comme un faucheur coupe les hautes herbes, Et, sous l'été brûlant, met les épis en gerbes,
J'ai moissonné ces fleurs à travers les chemins, Toutes, et n'ayant pas assez de mes deux mains, Toutes dignes de vous, toutes de noble tige, Avec leurs noms heureux, leur parfum, leur prestige. Et puis, tiédes encor de leur charmant berceau, J*ai fait de tant de fleurs un immense faisceau. Un sublime bouquet, comme jamais poète N'en offrit à Tautel la veille d'une fête ; J'ai pris tout un jardin et je vous l'ai porté Avec les doux rayons du dernier jour d'été I