SUR LA TERRASSE DES AYGALADES
De ce haut perron où les roses Montent pour toucher notre main, On peut voir d'un coup d'œil trois choses :
La mer, la ville et le chemin.
La mer nous dit : Grains mes naufrages, J*ai noyé mes meilleurs amis; Et ceux qui bravaient mes orages Dans mon algue sont endormis.
La ville nous dit : Je suis pleine De fracas, de brume et d'ennuis; Mes jours sont voués à la peine.
Et je manque d'air pour mes nuits.
Le chemin nous dit : Mon ornière Mène aux pâles climats du Nord ; On trouve à ma borne dernière Les peuples assis dans la mort.
Or, la vie est ici dans l'ombre Pleine d*un air délicieux, Au milieu de ces fleurs sans nombre, Comme les étoiles des cieux ;
Sous ces toits rougis par la tuile, Baignés par un azur divin.
Où nait Tarbre qui donne Thuile, Le pampre qui donne le vin ;
Au pied des montagnes arides, Dont les fleurs couvrent les sommets, Où le printemps des Hespérides Commence et ne Onit jamais ;
Sous ce ciel plein de mélodies.
Doux échos du divin séjour.
Sur ces collines arrondies Comme les choses de l'amour ;
Sous ces verdoyantes arcades, Qui conseillent le doux sommeil , Dans l'arc-en-ciel de ces cascades Qui pleuvent avec le soleil.
Sur ees bords où tout nous convie Vivons d'extase et de langueur ; Cet air est celui de la vie, La fêle des sens et du cœur ;
Vivons dans ce limpide espace, Et, sans songer au lendemain.
Laissons à la foule qui passe La mer, la ville et le chemin.