‹ Mélodies poétiquesChapitre 3 sur 122 · SUR LA TERRASSE DES AYGALADES · texte numérisé non relu

SUR LA TERRASSE DES AYGALADES

De ce haut perron où les roses Montent pour toucher notre main, On peut voir d'un coup d'œil trois choses :

La mer, la ville et le chemin.

La mer nous dit : Grains mes naufrages, J*ai noyé mes meilleurs amis; Et ceux qui bravaient mes orages Dans mon algue sont endormis.

La ville nous dit : Je suis pleine De fracas, de brume et d'ennuis; Mes jours sont voués à la peine.

Et je manque d'air pour mes nuits.

Le chemin nous dit : Mon ornière Mène aux pâles climats du Nord ; On trouve à ma borne dernière Les peuples assis dans la mort.

Or, la vie est ici dans l'ombre Pleine d*un air délicieux, Au milieu de ces fleurs sans nombre, Comme les étoiles des cieux ;

Sous ces toits rougis par la tuile, Baignés par un azur divin.

Où nait Tarbre qui donne Thuile, Le pampre qui donne le vin ;

Au pied des montagnes arides, Dont les fleurs couvrent les sommets, Où le printemps des Hespérides Commence et ne Onit jamais ;

Sous ce ciel plein de mélodies.

Doux échos du divin séjour.

Sur ces collines arrondies Comme les choses de l'amour ;

Sous ces verdoyantes arcades, Qui conseillent le doux sommeil , Dans l'arc-en-ciel de ces cascades Qui pleuvent avec le soleil.

Sur ees bords où tout nous convie Vivons d'extase et de langueur ; Cet air est celui de la vie, La fêle des sens et du cœur ;

Vivons dans ce limpide espace, Et, sans songer au lendemain.

Laissons à la foule qui passe La mer, la ville et le chemin.

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