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L'ORIENT

A THEOPHILE UAUTIEIl

26 décembre 1839

Parlons de TOrient : c'est un sujet de mode I La terre qui donna tant de beaux vers à l'ode, La terre de Memphis, de Thébes, de Sion, Abjure son passé, change de mission ; En face du soleil qui ne luit que pour elle, Elle embrasse du Nord la lointaine querelle; Et, que son avenir soit heureux ou fatal, L'Orient aujourd'hui se fait occidental/ L'Egypte, d*où tu viens et dont le noir squelette Avait repris sa chair sous ta vive palette, N'est plus ce désert morne, aux orages brûlants, Qui, la nuit, écoutait, depuis quatre mille ans, Ce drame solennel que jouait, en trois actes, Le Nil avec les voix de ses trois cataractes.

MELODIES. i(>5

La main qui civilise a pétri le limon

Que le fleuve dépose aux oasis d'Ammon :

La vieille pyramide, immense reliquaire,

Va paver un chemin d'Alexandrie au Caire ;

L'harmonieux Memnon, le colosse thébain,

Qui se lavait au Kû, comme un géant au bain,

Et chantait une gamme à cinq heures précises,

On va le diviser, au couteau, par assises,

Éqliarrir chaque pierre et bâtir un palais

De ses os, pour loger quelque consul anglais:

Car un industriel doit arriver d'Ecosse

Et fonder un comptoir sur l'orteil du colosse.

Déjà, vers Tentyris, on ne trouve plus rien

De la noble cité que bâtit Adrien.

Deux marchands de Brighton, alléchés par le lucre,

Ont fait de tout son marbre une usine de sucre:

Sa colonne est taillée en meules ; le marteau

Creuse une auge à rebords dans le vieux chapiteau.

Afin que les chevaux puissent y boire à l'aise

Lorsque passe, en hiver, la caravane anglaise.

Dans le lointain vallon, plein d'un sable mouvant.

Où Cambyse mourut, étouffé par le vent,

Trois chimistes d'Oxford composent des remèdes

Avec les ossements des Perses et des Mèdes.

Ces insolents Anglais! à la barbe du Nil,

Pu temple de Karnak ils ont fait un chenil !

Us ont forcé le fleuve, aux écluses voisines,

Ce saint fleuve! à tourner la meùle des usines.

Et puis, quand ils ont faim, ils vont dans l'oasis

Mettre leur grand couvert sur les genoux d'isis,

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