G8 MELODIES
Fille du grand soleil, elle nous consolait,
L*hiver, quand nous prenions du Ihé noir dans du lait,
Derrière un paravent, et que, la tasse pleine,
Nos doigts avec respect serraient la porcelaine,
Riant tableau d'émail où, sur un palanquin.
Passait, au bord d'un lac, la femme de Nankin.
Dernier rêve de l'homme ! illusion dernière !
Laissez au fer anglais finir sa double ornière,
Et nous allons apprendre un jour, en nous levant.
Qu'il faut briser les dieux de notre paravent ;
Que la chinoiserie était folle dépense;
Que la Chine n'est pas ce qu'un vain peuple pense,
Et qu'après sa muraille on n'a rien découvert
Qu'un sol inhabité sans magots ni thé vert !
Quelque prose du jour que le poëte lise, L'Orient, dit la prose, enfin se civilise; Il faut, pour conquérir de glorieux destins, Que l'homme, rejetant des jouets enfantins, Soit plein de gravité, car l'Egypte et l'Asie Sont des lieux de travail et non de poésie ; Car le jour est venu de rendre à leur néant Tous ces rêves éclos d'un esprit fainéant. , Ainsi donc, qu'il soit fait selon cette parole ! Que le bel Orient commence un nouveau rôle î Que le pacha, le bey, le sultan et l'émir.
Sur des coussins de fleurs honteux de s'endormir, De l'isthme de Suez aux murs des Dardanelles, Se façonnent aux mœurs constitutionnelles.
MELODIES. i()y
Suppriment le sérail el marchent au progrés Avec l'élection à deux ou trois degrés !
Toi, poète, qui sais le prix du temps qui vole, Toi, le grave penseur, toi, le dandy frivole, Théophile, demande à ton sphinx complaisant Quel sera l'avenir de ce triste présent ; Quel prêtre à Mahomet donnera le baptême.
Cependant le soleil, fidèle à son système, De nos humbles débats témoin insoucieux, A gardé son costume et son nom dans les cieux ; Toujours il verse l'or au berceau de la terre; 11 regarde toujours, d'un air froid, l'Angleterre, Et, pour tes nuits d'hiver, il envoie, en riant. Aux sphinx de tes chenets un tison d'Orient.