‹ Mélodies poétiquesChapitre 70 sur 122 · A FÉLICIEN DAVID · texte numérisé non relu

A FÉLICIEN DAVID

Pour peindre les loin laines cùIon Où le soleil a son berceau, Ta palette est pleine de notes.

Et ton archet est un pinceau .

Tu chantes les choses chéries,

L'Eden avec toutes ses fleurs, L*amour avec ses rêveries, U nature avec ses couleurs.

L'impossible même est facile, S'il se trouve sur ton chemin ; Kt, comme un instrument docile, Tu tiens Torchestre dans ta main.

■PVP

AVANT L'HOMMK

L'air est voilé de brume, et l'Océan inonde La planète, volcan où doit fleurir le monde ; Aucun être ne voit ces bouleversements, Ce globe désolé, sous de lugubres teintes, Ces montagnes en feu, ces montagnes éteintes, Ces cratères morts ou fumants.

Combien a-t-il duré cet âge de la terre, Quand la planète en deuil, l'Océan solitaire, Ensemble mugissaient pour notre enfantement?

Dieu, pour qui jamais rien ne finit, ne commence, Connaît seul la longueur de ce travail immense. Mille siècles pour lui durent moins qu'un moment :

Mais un jour Dieu souffla sur la terre embrasée; Un nuage d'iris lit pleuvoir la rosée, El le roc s'amollit sous des panaches verts, Et du nouveau limon, caressé par Teau douce, Jaillirent à la fois la fougère et la mousse, Premiers joyaux de Tunivers.

Et l'Océan fuyait^ abandonnant aux plaines Les rayons de soleil, et les fraîches haleines Qui descendaient du haut des'cratères éteints ; L'arbre, se révélant dans sa grâce première.

Déploya, sur un fond d'azur et de lumière.

Ses rideaux de verdure aux horizons lointains.

Sous les tiédes climats et sous l'ardente zone Aucune voix encor dans les airs ne résonne.

Aucune plainte, aucun soupir d'être vivant ; L'Océan seul gémit aux grèves désolées, La cataracte parle à l'écho des vallées.

Les arbres répondent au vent.

Tout à coup des arceaux de la forêt profonde Sort un cri, le premier qu'entendit notre monde I Par un monstre géant le globe est habité !

La terre, qui s'émeut sous sa masse étouffante, Regarde avec effroi le démon qu'elle enfante. Et maudit les trésors de sa fécondité.

La vie est sur la lerre ! et les plus hautes ciines, Les antres noirs, la mer aux lugubres abîmes, Se peuplent d'animaux et de monstres géants ; Ils traversent la plaine au vol, Tonde à la nage. Et, la nuit descendue, enivrés de carnasre, s'endorment sur les océans.

La terre, qui déjà semblait être engourdie, Rouvrit ses arsenaux de lave et d'incendie :

Sa colère mugit, T horizon s*embrasa :

Animaux et volcans étaient de même taille :

Les monstres et le roc se livrèrent bataille, Et le roc, s*écroulant sur eux, les écrasa !

Lorsqu'on fouille aujourd'hui dans les flancs de la terre, Ces monstres, engloutis par le feu d'un cratère, Épouvantent encore avec leurs ossements; Et nous croyons, devant le sombre reliquaire Où vient les exposer un pieux antiquaire, Entendre leurs mugissements !

Le grand travail se fait !... Que de siècles encore Avant que l'univers se calme et se décore Pour recevoir enfin l'homme qui doit venir.

Et trouver, en naissant avec la race humaine. Des arbres généreux pour son premier domaine. Des fleurs pour l'embaumer, et Dieu pour le bénir 1

L'homme arrive î et bientôt à son cùté se lève Avec toutes les fleurs, la fleur vivante d'Eve ! Alors les chants d'oiseaux, Fhymne des arbres veris. Mélodie inconnue, et soudain entonnée, Annoncèrent partout que la femme était née. Donnant l'amour à l'univers !

ENVOI A FELICIEN DAVID

Ce rêve souriait à mon âme ravie.

Plein de sombres horreurs, de mirages charmants, Il est mort dans ces vers : oh ! donne-lui la vie Avec la voix des instruments !

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