A VICTOR HUGO
Aux jardins d'Hyères, 13 novombro 4838
Quand Paris, l'autre soir, assis dans une salle, Couronnait de rayons ton œuvre colossale, A cette joie immense, à ce divin banquet, A ce nouveau triomphe, un seul ami manquait : J'étais dans ces jardins que la mer amoureuse Semble avoir apportés de l'Arabie heureuse, Colline d'Orient, comme aux âges premiers (]ouverte de parfums, d'azur et de palmiers.
Paris était bien loin ; c'était le soir, à l'heure Où le jeune opéra chante, où le drame pleure; Je disais : « Maintenant, au bout de ces chemins, A Ruy Blas qui se lève un monde bat des mains , Victorieuse enfin dans la publique arène, La grande poésie a son trône de reine ;
MËLODIES. fj.)
Et l'œuvre s'accomplit I et tout généreux cœur Palpite en écoutant le poète vainqueur ! »
Je regardais la mer, trait d*union qui lie Deux magnifiques sœurs, l'Espagne et ritalie ; J'écoutais pour savoir si du septentrion Quelque bruit me venait sur l'aile d'Orion, Quelque lointain écho de ce cirque superbe, Où ta faucille d'or, poète, a fauché l'herbe. Non, jamais vers le Tage et la Guadalélé, Sous les acacias, dans les nuits de l'été.
Des murmures plus doux n'ont coulé de la nue; Novembre se parait d'une robe inconnue ; Le ciel avait écrit sur son divin feuillet Toutes les lignes d'or des splendeurs de juillet , Et rhymne de minuit, que l'été seul entonne.
Monta pour réjouir le firmament d'automne.
De l'histoire du siècle aujourd'hui qu'un lambeau M'apporte le récit d'un triomphé si beau ; J'aime à me rappeler la nuit mélodieuse, Le palmier, l'oranger, l'étoile radieuse, Tous ces divins auteurs dont l'organe puissant Conta l'œuvre sublime au voyageur absent.
Ces hymnes de la mer, ces saintes mélodies.
Ces voix des horizons par le ciel applaudies, Ces nocturnes parfums d'un automne riant, Reçois-les, fils du Nord, poète d'Orient, Comme un dernier bravo qu'à la fin de l'année Jette au drame espagnol la Méditerranée.
ADIEUX A MADEMOISELLE TAC lONI
Vous avez vu souvent cette image citée.
Fresque d'Herculanum, ville ressuscitée; Légère vision aux contours éclatants, Qui, sur un fond d'azur, se glisse dans Tespace, Fantôme élyséen qui nous séduit et passe Gomme un doux songe de printemps ;
Sur un vase d*albâtre et de sainte origine.
Sorti de Tatelier d*un artiste d*Ëgine, Vous avez vu, parmi les peupliers tremblants, La nymphe qui se livre à la danse ionique, Et laisse dérouler les plis de sa' tunique Sur la pointe de ses pieds blancs;
Dans vos rêves passés, océan du jeune âge, Entre vos souvenirs une femme surnage ; Elle charma l'ennui des classiques leçons ; C'est Camille qui court dans les vers de Virgile, Et qui, vers TËridan, jamais d*un pas agile Ne courba l'épi des moissons.
N'avez-vous pas aussi rêvé de quelque fée Qui, d'un palais de marbre habite la nymphéc Remplit de ses parfums l'éclatant corridor.
Folâtre dans la conque où pleuvent les eaux vives, Et, le festin venu, donne aux heureux convives Sa corbeille d'oranges d'or?
Dans un loisir d'été, sous l'arbre des fontaines. Avez -vous entrevu, vers les îles lointaines, La Péri d'Orient, sur son lit de corail.
Qui danse de ce pas que tout le Gange admire, Et fait mourir d'amour le roi de Cachemire Dans le kiosque du sérail ?
L'air glacé de nos jours ne l'a point étouffée, La Péri d'Orient ou la divine fée ; Herculanum la livre encore à nos pinceaux, La nymphe qui volait sur les lleurs des corbeilles, Plus vive dans ses jeux que ses sœurs les abeilles, Plus légère que les oiseaux.
Nous l'avons applaudie ; elle était revenue Du trône aérien que lui garde la nue ;
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Les yeux s'élaient fermés de peine en la clterchaul ; Les bravos dominaient Torchestre et sa cadence ; Et puis on se taisait pour écouter sa danse Harmonieuse comme un chant.
Elle était, cette fois, la sylphide rêvée Que, sous le ciel d'Ecosse, un poète a trouvée : Divinité qui suit les pâtres au sillon.
Aime les laboureurs, visite les chaumières, Et, pendant la veillée, agite les lumières Avec son vol de papillon.
Regardez-la courir ! rien de mortel en elle : On craint de la blesser lorsqu'on touche à son aile : Quand elle prend son vol, les regards soucieux Semblent la retenir au sol qu'elle abandonne, Gomme si le lutin que l'Ecosse nous donne Quittait la terre pour les cieux.
Jetez à pleines mains des fleurs pour sa couronne. Qu'un immense bouquet en tombant l'environne, Que de tant de parfums le concert lui soit doux; Que la Péri, la fée, ou la nymphe, ou Camille, Parmi toutes ces fleurs se trouvant en famille, Se décide à vivre avec nous !