‹ Mélodies poétiquesChapitre 87 sur 122 · MÉLANCOLIE · texte numérisé non relu

MÉLANCOLIE

Chère à mon souvenir, jamais je ne t'oublie, Eternel sujet de mes pleurs, ^ Sois toujours avec moi, douce mélancolie, Volupté des nobles douleurs !

Attachons notre esprit au malheur qui nous blesse.

Qu'il suive chacun de nos pas; Soyons fiers de souffrir sans indigne faiblesse :

Souvenons-nous, n'oublions pas!

Eternel entretien de ma sainte pensée,

Ange adoré que je perdis!

Sur la terre un instant le ciel l'avait placée,

Elle a revu le paradis !

Dans la divine erreur où parfois tu me plonges,

SommeiU baume délicieux, Je la vois, sur le fond azuré de mes songes,

Qui m'ouvrent la porte des deux !

Elle est plus belle encor: c'est la beauté première

Des jeunes vierges àa Jourdain, Quand Tange du Thabor dorait de sa lumière

Ces lis du céleste jardin î

Elle mêle sa voix mélodieuse et tendre Au concert de l'hymne sans fin ;

douce illusion, je crois encor l'entendre, Gomme Tentend le séraphin !

Puis je la vois courir sur des fleurs inconnues

Aux jardins du terrestre lieu, Fleurs d'or et de saphir, qui descendent des nues

A chaque sourire de Dieu !

Et son visage alors exprime une allégresse Que notre monde cherche en vain ;

L'âme seule ressent cette angélique ivresse, Epurée au souffle divin.

Et je la vois aussi, pour quelque chant sublime,

Saisir la noble harpe d'or.

Celle qui faisait taire autrefois dans Solimc

La voix des sibylles d'Endor.

mensonges du rêve, ô vérité divine,

Venus du firmament vermeil , Qui montrez à mes yeux tout ce que je devine

Avant les heures du sommeil ;

Songes d'or et d*azur, oh 1 revenez encore !

Aux douleurs un remède est dû :

A travers ces vapeurs, qu'un doux rayon décore.

Rendez-moi le bonheur perdu !

Oui, je le sens, un ange écoule ma prière.

Ce monde fuit devant mes yeux ; Un invisible doigt a touché ma paupière.

Le sommeil va m'ouvrir les cieux.

Dors, ô mon bien-aimé, dors, me dit-elle ; oublie Les tourments de Te&prit, les orages du cœur; Je me souviens toujours du serment qui nous lie. Notre corps peut mourir, mais non l'amour vainqueur!

Tu viendras dans un monde ou Dieu n'a plus de voiles : Je t'attends sur les fleurs de ce jardin béni. Où nos jours sont dorés par des gerbes d'étoiles, Où, d'un regard, nos yeux embrassent l'infini !

Page 1