‹ Mélodies poétiquesChapitre 97 sur 122 · A ALEXANDRE P H M A S · texte numérisé non relu

A ALEXANDRE P H M A S

Je révais de grands bois aux cimes éclatantes, Où Ton s*endort l'été sous mille fraîches tentes, Sur un lit de gazon ; déjà j'étais heureux De courir au hasard, prés de ruisseaux sans nombre, En plein soleil, ou bien sous des arcades d'ombre. Quand nous revient l'hiver hideux.

Oui, la nature change, et tout change autour d'elle! Ce soir, j'ai salué la première hirondelle, Pauvre folle qui croit annoncer le printemps ! Elle mourra demain pour s'être trop pressée; Car la loi des beaux jours, hélas! est renversée, Le monde est trop vieux de cent ans.

J*ai vu des amandiers, lâ-bas, sur nos rivages, Entremêlant leurs fleurs à mille fleurs sauvages;' Ce soir, tout était mort, flétri comme en janvier! Mars tombe, avril renaît; n'importe! l'hiver dure : Il ne reste aux jardins que la pâle verdure Qui grisonne sur l'olivier.

Ce n'était point ainsi dans le berceau des âges, Nous répètent souvent nos vieux pères, les sages : Pour la première fois, je crois qu'ils ont raison. Je crois que le vingt mars, autrefois dans le monde, A jour fixe, versait le chaud rayon sur l'onde. Et l'eau froide sur le tison.

L'hirondelle et la fleur ne savent pas ces choses ! Elles viennent toujours pour annoncer les roses A la date qu'Adam écrivit de sa main.

Hélas ! depuis Adam la terre est refroidie !

L'hirondelle se meurt sur nos toits engourdie, Et la fleur sur notre chemin !

A LA SOURCE D'EAL SALEE

/ D'où peux-tu donc venir, ô source d'eau salée» Qui tombes dans le flot amer?

Cette terre est de pleurs une triste vallée ; La terre pleure dans la mer.

Elle pleure, et, semblable à ces amantes tléres Qui veulent cacher leurs douleurs

Et voilent de leurs mains les humides paupières. Ces brillantes sources de pleurs.

Elle a trouvé bien loin, à l'écart de la foule, Un lieu secret qu'on ne peut voir,

Un coin mystérieux où chaque larme coule Dans un immense réservoir.

Puis elle a revêtu sa somplueuse robe D'écarlate aux reflets ardents,

Panire de gaîté, beau voile qui dérobe Les amertumes du dedans.

Elle a mis à son front, que tant d'azur décore, Une aigrette de pins joyeux,

Ondoyant éventail qui rafraîchit encore L'ardente rougeur.de ses yeux. •

Et de l'aube à la nuit et de la nuit à Taube,

Ce roc, sensible monument, GonOdent des douleurs qui désolent ce globe,

Doit pleurer éternellement.

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