‹ Mélodies poétiquesChapitre 96 sur 122 · MÉLODIES. S · texte numérisé non relu

MÉLODIES. S

Ici nous nous passons de toi :

Je suis reine, mon sucre est roi.

Ah ! je devine ton manège, Mais de tes ruses je me ris ; Je fais des pains blancs comme nei^e, Et régne au cafQ de Paris.

Désormais tu ne saurais plaire :

Tu vieillis, on veut du nouveau ; Va-t*en donc, ou, dans ma colère, Je te brise comme un roseau.

— Je ne viens point ici pour te livrer bataille, Dit la canne, riant du plus haut de sa taille;

Malgré toi, mon sucre est chéri;

Aux vrais gourmands je fais envie.

Et n'ai fréquenté de ma vie

Le pourpier ni le céleri.

Je suis le sucre, quoi qu'on die !

Le tien est arrivé trop tard

Aux fabriques de Normandie,

Et tu n'es jamais qu'un bâtard.

Ainsi, reconnais ma puissance.

Dans ta voix mets plus de douceur;

Brûle ton extrait de naissance :

11 ment s'il t'appelle ma sœur !

La betterave alors, rougissant de colère.

Vint heurter au logis de son doux fabricant.

Il déjeunait. La plante au discours éloquent. Pour demander vengeance, explique son affaire.

La canne vint ensuite, et, droite comme un I, Plaida l'antique droit de son sucre banni.

Le tribunal était mauvais pour elle :

Le juge fabriquait la betterave, et, quand Une canne passait au nez du fabricant.

Toujours il lui cherchait querelle.

A cette heure pourtant il était seul chez lui, Et, ne redoutant pas la censure d*autniî.

Il rendit grâce à la fortune, Prit les plaignantes au collet, Fit une salade de Tune, Et de l'autre il sucra son lait.

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