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CHRONIQUE

M. ET Mmc DE REINSIÏERG-DUIUNGSFELD.

Nous regrettons d'annoncer la mort presque simultanée de deux écrivains qui s'étaient occupés avec zèle de littérature populaire. Le baron de Ileinsbcrg et M11'- Ida de Dûringsfeld avaient dès leur mariage (4845) uni leurs noms et leurs intelligences dans des œuvres communes. A côté de leurs romans et de leurs traductions (en allemand) de chants populaires tchèques et toscans, ils avaient publié deux vastes répertoires l'un en français Les Traditions et Légendes de lu Belgique, Bruxelles 1870, 2 vol. in-8", plein de; faits et de dé-

tails curieux, l'autre en allemand sur les proverbes des peuples latins et germaniques (Leipzig, 1875). La baronne de R.-D. est morte le 25 octobre dernier à Stuttgard d'une maladie de cœur dont elle souffrait depuis longtemps, et le lendemain matin, son mari était trouvé mort dans son lit ; il s'était empoisonné pour ne pas survivre à sa femme.

BIBLIOGRAPHIE

Les Colosses anciens et modernes, par E. Lesiuzeilt.es , ouvrage illustré de 53 vignettes, 339 p. in-12. Paris, Hachette , 1876. — Prix : 2 fr. 25.

« Parmi les innombrables statues, images de dieux et de héros ou figures symboliques, dont fart du sculpteur, plus ou moins habile à façonner la pierre ou le métal , a orné la terre habitée depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours , il en est un certain nombre qui se distinguent des autres et qui attirent particulièrement l'attention par leur grandeur extraordinaire ; ce sont les géants de ce peuple de marbre et de bronze, ce sont les colosses. » L'auteur de ce livre réunit, comme dans une galerie mythologique, toutes les œuvres qu'a produites dans ce genre la statuaire de tous les temps et de tous les pays. Il traite successivement des monuments et des colosses de l'Egypte et de l'Assyrie, des prodiges de la statuaire grecque (Apollon d'Amyclée, Minerve du Parthénon, Jupiter d'Olympie, Colosse de Rhodes, etc.) , des œuvres analogues de la sculpture Romaine, de l'Inde, de la Chine, du Japon et de leurs Dieux énormes , des idoles aztèques , des grossiers monuments de l'Ile de Pâques , du Saint-Christophe et des statues de Roland ( en Allemagne). Il termine par quelques œuvres colossales de la sculpture moderne. Ce livre, illustré de belles gravures, est d'une attrayante lecture. Il est malheureux que l'auteur, si bien renseigné sur les pays les plus lointains , ne le soit pas sur la Gaule. Il ne parle ni de la statue colossale de Mercure faite pour les Arvernes par le sculpteur grec Zénodore et placée au sommet du Puy-de-Dôme , ni d'autres statues de ce genre dont les débris ont été découverts en différents lieux de notre pays : c'est ainsi qu'à Entrains ( Nièvre ) , on a découvert des débris d'une statue colossale d'Apollon. H. G.

Allégories , récits poétiques et chants populaires traduits de l'arabe, du persan, de l'hindoustani et du turc,

par M. Garcin de Tassy, membre de l'Institut, etc., 638 pages in-8°, Paris, Leroux, 1876. — Prix: 12 fr.

Pour donner au grand public une idée de la littérature des peuples de l'Orient, M. Garcin de Tassy a réuni dans ce volume un certain nombre de traductions qu'il avait données à divers recueils. Il a intentionnellement laissé de côté les préfaces et les notes d'érudition ; il nous semble pourtant qu'il a été bien sévère envers lui-même ; car les formes littéraires de l'Orient sont trop éloignées des nôtres pour se passer aisément de commentaires et de détails explicatifs. Nous signalerons principalement à nos lecteurs Y Histoire des Animaux en discussion avec l'Homme, traduite de l'arabe; la Légende de Sakuntalâ, d'après la version hindoue du Mahàbhâïala, et les Chants populaires de l'Inde. Ces chants sont des chants religieux hindous, des chants de harem et d'amour, des chants de métier, et des chants particuliers aux Musulmans. M. G. aurait voulu donner aussi des traductions de chants historiques et guerriers, mais les recueils qu'il avait à sa disposition étaient trèspauvres à cet égard. On regrettera aussi l'absence de tout détail sur la mélodie des chants populaires de l'Inde. Le mot môme de chant appelle pourtant l'idée de musique. - Si nous signalons celte lacune, ce n'est pas pour diminuer le mérite de l'ouvrage de M. G. ofj le lecteur français pourra se familiariser avec la littérature romanesque de l'Orient. H. G.

R. Mowat. Note sur un groupe d'inscriptions relatives au culte de Mercure en Gaule; — Le Temple Vassogalale des Arvernes et la Dédicace Mercurio Vassoraleti; Sur la Restitution de la Statue colossale de Mercure ,

exécutée par Zénodore pour les Arvernes; — Les types de Mercure assis, de M. Barbu, et de M. Tricéphale, sur des monuments découverts en Gaule.

Ces quatre brochures sont des tirages à part, les deux premières de la Revue Archéologique de 1874 et 1875, les deux autres du Bulletin Monumental de 1875 et 1876. Réunies, elles forment une monographie savante et détaillée du culte de Mercure en Gaule. M. M. rendra service à la science en continuant le cours de ces intéressantes études de mythologie gauloise et gallo-romaine.

Bessïères (Dr E.-). Préjugés populaires sur les maladies de l'enfance, in-12 de 123 pages, 1876. ■ M. le Dr B. s'occupe déjà depuis longtemps de la superstition dans ses rapports avec la médecine ; il en a fait le sujet de sa thèse : Etudes sur les erreurs et les préjugés popul. en médecine. Paris, in-4", 1860. — Depuis il a fait paraître, dans Y Abeille de Fontainebleau quatre articles : Y Aurore boréale, les Crêpes de la Chandeleur, les Feux de Saint Jean, Y Epine blanche du 1er mai. Cette année, il offre au public un charmant petit volume, d'une lecture agréable, où sont relatés les préjugés relatifs à l'enfance. Pour en donner une idée , nous citons le passage suivant : « Dans le département de Seine-et-Oise, à douze lieues de Paris, existait, il y a encore quelques années, une coutume au moins singulière; on portait un enfant atteint de hernie, sous un chêne, et des femmes , qui vivaient sans doute de ce petit métier, dansaient autour de ce chêne en marmottant des oraisons tirées d'un rituel inconnu et cela jusqu'à la guérison de la hernie ou plutôt jusqu'à la mort du patient. » Une table alphabétique bien faite facilite les recherches. E. R.

Chapelot (J.). Contes Balzatois. Angoulême, 1871, in-12 de 58 p. (L'ouvrage est épuisé).

L'auteur prépare une nouvelle édition , considérablement augmentée de ces contes écrits (en patois) avec une verve tout à fait originale. Ce volume-ci contient : les Deux Perdrix , le Clocher de Balzat , Y homme tourné en bourrique , le Cochon du curé , la Partie de cartes autour d'un puits , Y Œuf de jument , le Sermon du curé de Iiahat. E. R.

Vaschalde (H.) Recherches sur les pierres mystérieuses du Vivarais et du Dauphiné, in-8°, 1874, avec planche.

— Dictons et Sobriquets populaires du Vivarais , in-8°, 1874. — Proverbes et Maximes populaires du Vivarais , in-8°, 1875. — Croyances et Superstitions populaires du Vivarais, in-8°, 1876.

Dans ces quatre intéressantes brochures, M. H. V. a commencé l'inventaire de la littérature populaire de son pays ; nous croyons savoir qu'il a en préparation un recueil de chansons. Nous ne saurions trop féliciter M. H. V. de s'être engagé dans cette voie; il est du petit nombre des personnes qui ont, jusqu'à présent, en France, compris qu'il y avait une grande importance et un grand intérêt à sauver la tradition de l'oubli. E. R.

Dictionnaire étymologique des mots français d'origine orientale (Arabe, Persan, Turc, Hébreu), par L.

Marcel Devic. xvi-279, p. in-8°. Paris, Hachette, 1876.

— Prix : 10 fr.

M. Marcel Devic vient d'écrire une des pages les plus curieuses de l'histoire de notre langue. Sous la forme d'un dictionnaire, qui se lit avec plaisir tout parsemé qu'il soit de caractères orientaux, il raconte l'origine , l'introduction dans notre langue et la variation de signification de tous les mots que nous avons empruntés aux langues de l'Orient. A côté de mots comme alcool, alcôve, amiral, etc., qui portent pour ainsi dire au front leur origine orientale, il en est beaucoup d'autres comme abricot, fardeau, matelas, aUboron (dans Maître AUboron), etc., d'un usage tellement familier, que la langue n'a plus conscience de leur origine étrangère.

Le lecteur, que l'étymologie intéresse, lira dans M. D. l'histoire de tous ces termes de chimie et d'astronomie tirés de l'arabe, des noms de fruits apportés de l'Orient avec les fruits eux-mêmes, des termes de marine et de douane, etc. Nous ne citerons ici en

Chartres. — Edouard

exemple que quelques mots qui touchent à la mythologie. Les poètes romantiques, et M. Victor Hugo à leur tête, onl souvenl parlé de (joules , mettant ce nom au féminin, et faisant de la goule un monstre humain qui se repaît de cadavres. Ce mot signifie en arabe ( (jhoul ) un ogre ou démon qui dévore les hommes , et il est du masculin. Nous avons également fait un féminin du mot Péri qui chez les Orientaux désigne les bons génies. Ce mot est persan. En persan, où il n'y a pas de genres, péri est indifféremment, mâle ou femelle. — Le mot mascarade vient très-probablement, ainsi que l'espagnol et le portugais mascara « masque » , et l'italien maschera même sens , de l'arabe mashhara , « bouffon , farceur. » Ces citations suffisent pour dire l'intérêt de ce livre, dans lequel M. D. a marié heureusement la philologie orientale et la lexicologie française. Il nous pardonnera de lui signaler l'omission du mot aimée , nom des danseuses dans divers pays de l'Orient et qui , d'après M. Littré, a une origine arabe, et du verbe maquiller qui est d'origine japonaise. II. G.

Lorrain (D.). Glossaire du patois Lorrain, in-8° de 63 p.

Nancy.

Voici quelques mots tirés de ce Glossaire qui peuvent intéresser notre public spécial : Chailelé , celui qui doit donner le pain bénit prochainement. — Corbus (f.), hostie non consacrée. — Crebienne! sorte de juron équivalent à sacrebleu. — Cristode (f. ), boîte, écrin où la villageoise met son Christ. — Empâlou, un entremetteur de mariages. — Endremouse (f. ), chant de nourrices pour endormir les enfants. — Fdijer, enfée, charmer. — Grimancien , groumancien (m.), être malin dont il faut se méfier.

— Grimancienne (f. ), femme malicieuse , sorcière. — Kermonolle (f.), repas, festin, cf. Kermesse. — Lanternate (f.), feu follet.

— Lai poeire, sorte de jeu à courir appelé, à Metz, la poire. — Proserpine (f.), diablesse, mégère, ou simplement femme remuante et habile. — Ramonaçaqui (m.), sorte de jeu d'enfants, dont le sens est : ramenez, dit le maître du jeu; c'est qui, c'est qui, disent les autres joueurs, et celui qui est désigné est ramené au but à coup de mouchoirs. — Saibait , m. (Sabbat), nom injurieux que l'on donne à une femme acariâtre , malpropre , échevelée comme une bacchante. — Warponne (f. ), bande nébuleuse et diaprée qui se forme au coucher du soleil. E. R.

Chan Heurlin. Lo pia Ermonek loûrain po 1877, in-8° de 96 pages.

Cet almanach écrit en partie en français, en partie en patois messin, en est à sa deuxième année; le calendrier est accompagné de proverbes et de dictons correspondant à chacun des mois de l'année ; p. 4-8 se trouve un conte de lutin (en patois mess., Satré) ; p. 63, une devinette; p. 64, une jolie variante du conte du Loup et de la Chèvre; p. 66, pourquoi les enfants ne parlent pas avant un an , charmante historiette de 6 lignes ; p. 68 , la fête de Noël dans le pays Messin; p. 70, un ronda; p. 82, une chanson vosgienne. — Nous espérons que l'auteur pseudonyme de cet almanach qui s'est décidé cette année à y faire entrer les traditions populaires de la Lorraine, leur accordera une place encore plus large l'année prochaine. E. R.

Les Rhythmes et les Rimes, textes en vers avec exercices et grammaire, par Ph. Kuhff ,' professeur au collège Chaptal, 3e éd. xiv-204 p. in-1 12. Paris, Hachette,

Cet ouvrage, destiné à l'enseignement de l'allemand dans les classes de 8e et de 7° , mérite d'être signalé ici par l'heureux et original emploi que l'auteur a fait de morceaux de la littérature populaire allemande (énigmes, proverbes, dictons), comme textes de langue et d'explication. Nous reviendrons quelque jour sur l'utilité de faire entrer dans la première éducation des morceaux tirés de la littérature populaire. L'ouvrage de M. K. est une innovation d'autant plus heureuse, qu'au point de vue spécial de la grammaire et de la langue son manuel nous semble fort bien ordonné. II. G.

Le Gérant, Eugène ROLLAND.

Garnter, Imprimeur.

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