LA FEMME QU NE VOILAIT PAS AVOIR D'EXFAMS
C'était une femme riche, nouvellement mariée,, et qui ne voulait pas avoir d'enfants. Elle alla un jour trouver un médecin et lui demanda quelque remède
0) A rapprocher de La pauvre vieille Mère, de Griram.
pour cela. — Le médecin lui donna un remède
Mais, tôt après, elle pensa qu'elle avait commis un grand péché, en agissant de la sorte, et elle s'en repentit. Elle alla trouver un prêtre, et lui avoua tout en confession.
— C'est un très-grand péché, lui dit son confesseur, et , si vous ne faites dure pénitence , vous serez certainement damnée !
Voilà la pauvre femme bien désolée.
— Donnez-moi, dit-elle à son confesseur, — telle pénitence qu'il vous plaira et, quelque dure qu'elle puisse être, je l'accomplirai.
Et le prêtre lui dit alors qu'il lui faudrait aller , pendant trois nuits consécutives, à la rivière voisine, se dépouiller de tous ses vêtements , puis se mettre , toute nue, dans l'eau, jusqu'au cou, et y rester ainsi, depuis le coucher du soleil jusqu'au point du jour. Déplus, elle devait tenir dans ses deux mains, sous l'eau, une branche de chêne garnie de feuilles, et ne pas se la laisser arracher, quoiqu'il arrivât, autrement elle serait perdue.
La femme se rend, le soir même, à la rivière ; elle se dépouille de ses vêtements et se met dans l'eau jusqu'au cou , tenant à la main une branche de chêne garnie de feuilles. Bientôt, elle sent elle ne sait quelle sorte de petites bêtes qui se jouent et frétillent autour de son corps et qui essaient de lui arracher sa branche de chêne. Mais elle la défend de son mieux et, quand elle voit poindre le jour, elle sort de l'eau, transie de froid. Un morceau de sa branche de chêne était enlevé. Elle s'habille et s'en retourne chez elle. Sur sa route , elle rencontra un moine , qu'elle ne connaissait pas , et qui la salua néanmoins.
La nuit suivante , elle se rendit encore à la rivière et entra dans l'eau , comme la veille. Mais elle eut plus de peine à défendre sa branche de chêne contre les petites bêtes qui frétillaient autour de son corps , et , quand le jour parut, elle en avait encore perdu une partie, mais plus grande que la veille. Sur sa route, en revenant à la maison , elle vit un prêtre , qu'elle ne connaissait pas , et qui la salua aussi.
Enfin, la troisième nuit, elle alla encore à la rivière, se mit dans l'eau, comme les deux nuits.précédentes, et, cette fois, elle eut toutes les peines du monde à défendre sa branche de chêne ; quand elle sortit de l'eau , au point du jour, toute brisée de la lutte qu'elle avait soutenue, il ne lui en restait plus qu'un tout petit morceau à la main. Elle s'en retourna à la maison, et rencontra sur sa route une religieuse, qu'elle ne connaissait pas, et qui la salua pourtant, comme le moine et le prêtre de la veille et de l'avant- veille.
Elle alla alors trouver son confesseur, qui lui dit :
— Eh ! bien , ma pauvre femme , avez-vous réussi ?
— Je crois que oui; mais ce n'est pas sans peine, répondit-elle.
— Et qu'avez-vous vu sur la route , à chaque fois , en revenant de la rivière?
— J'ai vu, la première fois, un moine, la seconde fois, un prêtre, et la troisième fois, une religieuse ; et ils m'ont saluée, tous les trois, bien que je n'aie reconnu aucun d'eux.
— C'étaient là les (rois enfants que vous étiez destinée à mettre au monde, si vous n'aviez pas fait usage du remède du médecin.. . Dieu vous a pardonnée, grâce à
votre pénitence, et vous pouvez à présent échapper à la damnation éternelle qui vous attendait ! . . .
Conté par Marguerite Philippe de Pluzunet (Côtes-du-Nord.)
F.-M. LUZEL