L. Desaivre
(') Var. A ramasser des p'tits poissons Pour sa collation; La gouttière a défoncé , Mon p'tit frère s'en est allé Tout mouillé.
(J. Bujeaud, Chans. pop. de l'Ouest, t. I,p. 27).
BIBLIOGRAPHIE
L. Friedljender. — De Marte Loucetio et de Junone graeca. Kœnigsberg, 1877.
Cette courte dissertation , placée en tête du dernier programme de l'Université de Kœnigsberg , a pour objet de démontrer, par deux exemples principaux , à quelles erreurs peut conduire l'application à outrance , faite aux mythologies classiques , du système d'interprétation naturaliste, aujourd'hui en faveur. L'auteur y prend surtout à partie M. W. H. Roscher et ses Etudes sur la Myth. Comp. des Grecs et des Romains. Ce dernier, cherchant à établir que Mars est un dieu solaire , analogue à l'Apollon hellénique , avait cru trouver une preuve à l'appui de son opinion dans l'épithète de Leucelius ou Loueetius, donnée à ce dieu dans quelques inscriptions, et qui aurait le sens de « lumineux, brillant. » — M. Friedlamder lui répond que l'âge assez récent de ces inscriptions et surtout leur provenance (Angleterre, Hesse Cisrhénane et Nassau ) indiquent que Mars Loueetius doit être rangé parmi les divinités gauloises, comme le veut Zeuss {Gram. Celt., 2e édit., p. 34, 39) et comme l'a fait de Wal dans ses Monuments épigraphiques latins de la mythologie du nord. Il ajoute que le dieu Loueetius devait être celui des habitants de Lutèce , que Julien appelle AovxE-rîa.
Le second point concerne la signification de la Junon grecque où M. Roscher, avec plusieurs mythologues, reconnaît une déesse lunaire. L'argument tiré de la consécration du paon à Hèra nous paraît, comme à M. F., sans valeur. Si la queue de cet animal éveille , en effet , une image naturelle , c'est celle du ciel constellé , et non celle de la lune. On sait d'ailleurs que le paon a été introduit assez tard en Grèce et même à Samos, ce qui ne permet pas d'attribuer à ce symbole d'Hèra une haute antiquité. M. F. cite six interprétations diverses , toutes contradictoires , du caractère de la Junon grecque. Il part de là pour conclure , d'une façon beaucoup trop absolue , à l'inutilité des tentatives d'interprétation mythologique. Quoi qu'il en soit, -cette brochure est un indice, entre beaucoup d'autres, de la réaction qui se produit, depuis quelques années déjà, en Allemagne, contre les doctrines de l'école de Max Miiller et de celle d'Adalbert Kuhn. P. Decharme.
Dr H.-H. Ploss. Das Kind in Brauch und Sitte der Vœlker : Anthropologische Studien, 2 vol. in -8" de xn-324 et 294 p. Stuttgart, August Auerbach , 1876. Prix : 14 fr. 50 c.
Cet ouvrage sur les usages traditionnels qui se réfèrent à l'enfance , est une monographie d'un grand intérêt par le nombre de faits recueillis et classés par l'auteur. Son but principal a été de résumer les traditions et usages de l'Allemagne à cet égard et de les comparer à ceux des peuples éloignés ou sauvages , tels que les ont décrits géographes, voyageurs et missionnaires. 11 est néanmoins sorti de ce cadre pour ne rien laisser échapper de ce qui intéresse l'histoire de l'enfance , et il a été ainsi amené à traiter des pratiques qui n'ont rien d'allemand ni d'européen, telles que la circoncision et les opérations analogues dont l'autre sexe est l'objet.
Voici les chapitres dans lesquels se divise l'ouvrage de M. P. Attente de l'Enfant; — Naissance; — Soins pris pour le bonheur de l'enfant ; — Dangers qui menacent l'enfant et la mère ; — Couvade ; — Choix du nom ; — Parrainage et usages de baptême ;
— Fêtes et repas de baptême; — Relevailles; — Pratiques traditionnelles pour embellir (?) l'enfant (Déformations traditionnelles ) ; — le Bain ; — les Langes ; — le Berceau ; — la Nourriture de l'enfant ; — les Amulettes ; — la Médecine traditionnelle des enfants; — l'Infanticide et l'Exposition des enfants; — Mise à mort des jumeaux ; — Education des enfants chez les peuples sauvages; — Jeux d'enfants, fêtes d'enfants et rimes enfantines;
— Place de l'enfant dans la famille; — Fin de l'enfance. L'auteur a réuni là une grande quantité de faits et de renseignements, et il l'a fait avec une critique qu'on peut juger par cette fine observation : « Les peuples Européens , qui ont pourtant atteint un degré si élevé de civilisation, ont encore conservé des débris de l'époque où elles étaient au plus bas degré du chamanisme. » Ses
Chartres. — Edouard
rapprochements le montrent bien ; et fautai se moquer des '< sauvages » lorsqu'il y a un siècle , des avocats danois achetaient aux sages-femmes les coiffes avec lesquelles naissent certains enfants , pour avoir de la chance dans leurs procès , — quand , à notre époque même , ces coiffes se vendent ou s'achètent par les annonces du Times? (I, 37.)
Ne pouvant nous étendre sur le sujet traité par M. P., nous nous bornons à citer quelques faits analogues à ceux que l'on trouve plus haut dans l'article de M. Bonnet.
L'emploi comme amulette des restes du cordon ombilical n'est borné ni à la France ni à l'Allemagne; 11 se rencontre aussi en Chine, chez les Kalmouks, au Pérou et ailleurs encore. (I, 40.)
En Allemagne, les sages-femmes et les grand'mères pressent le mamelon de l'enfant nouveau-né pour en exprimer quelques gouttes de liquide ou de mucosité qu'on appelle lait de sorcière. Sans cette opération, l'enfant risquerait d'être enlevé par une sorcière ou par un mauvais esprit. Même pratique en Angleterre et dans le royaume de Naples. (I, 265.)
La précision et la richesse de détails avec lesquelles M. P. traite toutes les questions de médecine et d'hygiène traditionnelles ( autant qu'on peut associer des termes aussi dissemblables), montrent que l'auteur a la compétence et l'expérience propres à un médecin. Le sous-titre de son ouvrage : Etudes anthropologiques , montre , du reste, la double intention de son ouvrage, anthropologie et Folk-lore .
A certains égards pourtant la tradition vaut mieux que le progrès. Autrefois on endormait les enfants avec des chants de nourrice : aujourd'hui, en Angletere, on les endort avec des préparations au laudanum qu'on décore de noms comme Mothers'blessing et autres également trompeurs. C'est surtout dans les districts manufacturiers (où la mère n'a pas le temps de bercer et d'endormir son enfant par ses chants!) que ces préparations meurtrières sont de plus en plus employées. Un historien , se rappelant que l'Angleterre a fait une guerre immorale à la Chine pour forcer celle-ci à ouvrir ses douanes à l'opium (dont l'introduction comme la vente étaient interdites dans l'Empire du Milieu), pourrait dire que c'est la Némésis de l'opium.
Le lecteur qui s'occupe de traditions populaires pourra sur plus d'un point ajouter quelque fait, quelque citation nouvelle. Un ouvrage de ce genre ne peut jamais être complet. On saura gré pourtant à M. le Dr Ploss de la quantité de faits qu'il a réunis, de l'ordre dans lequel il les a classés , des sommaires et des tables qui rendent les recherches faciles. Pour tout ce qui touche l'enfance, c'est un répertoire indispensable. H. G.
Pontaumont (de). Nouvelles Recherches sur les prétendues possessions diaboliques survenues dans le vicomte de Carentan pendant les XVIIe et XVIIIe siècles. Cherbourg , s. d., in-8°, 10 p.
Cette brochure nous fait connaître quelques poursuites juridiques dirigées contre des sorciers en 1646 et 4723. Dans ces procès, les prétendus coupables avouaient leurs méfaits et rendaient à la justice un compte si nettement explicatif, si clairement circonstancié, que la conviction des accusés excusait en quelque sorte celle des magistrats.
Primavera, poésie de M. Turquety, musique de M. Bourgault-Ducoudray ( piano et chant.)
Cette mélodie se rattache aux études dont les gammes anciennes sont l'objet , par l'emploi d'une échelle mélodique inusitée chez les modernes : celle du Chromatique antique. Cette échelle est fort remarquable, car la présence de quatre demi- tons dans l'octave entraîne la suppression systématique de deux notes de la gamme : sol et ré dans le ton de la. 11 en résulte un coloris spécial , qui rend bien le sentiment de la poésie , dans le passage où il en est fait usage.
Le Bonhomme Picard pour 1877. Amiens, in-32, 96 p. Cet almanach contient pp. 82-88 de petites historiettes en patois picard.
Le Gérant, EUGÈNE ROLLAND.
Garnier, Imprimeur.